Résister ou disparaître c’est le mot d’ordre des journalistes tunisiens descendus dans les rues de Tunis ce vendredi 25 avril 2026.
Une manifestation de soutien au journaliste Mourad Zeghidi à Tunis
Ils réclament la libération de leur confrère franco-tunisien Mourad Zeghidi, incarcéré depuis plus de 700 jours et jugé en appel le 14 avril dernier. Son procès doit reprendre mardi prochain, dans un climat de répression croissante contre la presse en Tunisie.
Mourad Zeghidi, d’abord condamné en mai 2024 pour un post Facebook exprimant sa solidarité avec un autre journaliste emprisonné, Mohamed Boughaleb, a vu sa situation s’aggraver. Bien qu'il avait purgé sa peine, il est resté en détention en raison de nouvelles accusations de blanchiment d'argent.
Le 5 mars 2025, sa demande de libération est rejetée par le juge d'instruction du tribunal de première instance de Tunis.
Le 22 janvier 2026, la chambre criminelle du tribunal de première instance de Tunis a condamné Mourad Zeghidi à trois ans de prison pour blanchiment d’argent et à six mois supplémentaires pour des infractions fiscales, dans un dossier distinct de celui ayant conduit à sa première incarcération.
« Mourad a déjà passé plus de 700 jours en prison. Au départ, il a été jugé sur la base du décret 54 pour un simple post sur Facebook. Puis, alors qu’il avait purgé sa peine, un juge a émis de nouveaux mandats de dépôt pour blanchiment. Aujourd’hui, il risque encore plus lourd », dénonce Zied Dabbar, président du Syndicat national des journalistes tunisiens (SNJT).
Un système judiciaire instrumentalisé ?
Pour les défenseurs des droits humains et les opposants politiques, cette affaire illustre la dégradation des libertés en Tunisie. Hamma Hammami, figure de la gauche tunisienne, alerte sur un « fascisme rampant » qui étouffe les voix dissidentes :
« Ce régime cherche à museler la liberté de la presse, la liberté d’association et le droit de manifester. L’objectif ? Priver le peuple tunisien de tout moyen de défendre ses droits. »
Les ONG internationales, comme Reporters sans frontières (RSF), dénoncent une régression alarmante des droits fondamentaux, notamment la liberté d’expression, depuis l’arrivée au pouvoir de Kaïs Saïed en 2021.
Depuis deux ans, les proches de Mourad Zeghidi se battent pour sa libération. Ses deux filles, dont Inès, 22 ans, ont tout sacrifié pour le soutenir. Cette dernière a même interrompu son master pour s’installer à Tunis et organiser la résistance.
« Nous sommes là aujourd’hui pour montrer à notre père qu’il n’est pas seul. Nous ne baisserons pas les bras. Le temps du silence est révolu », lance-t-elle, déterminée, devant la foule des manifestants.
Mourad Zeghidi comparaitra mardi aux côtés de Borhen Bsaies, un autre journaliste accusé des mêmes chefs d’inculpation. Pour ses soutiens, ces poursuites relèvent d’une stratégie d’intimidation contre les médias indépendants.