Le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed a assuré que son pays ne souhaitait pas replonger dans la guerre, alors que les tensions s’exacerbent autour de la région septentrionale du Tigré, où les déploiements militaires nourrissent les craintes d’une reprise des hostilités.
Tigré : Abiy Ahmed affirme que l’Éthiopie « ne veut pas la guerre »
« De notre côté, nous pensons que les problèmes ne peuvent être résolus que par le dialogue. Nous ne voulons pas la guerre », a déclaré le chef du gouvernement dans un entretien diffusé jeudi soir par l’agence de presse éthiopienne ENA.
La région du Tigré sort à peine d’un conflit meurtrier qui, entre 2020 et 2022, a opposé l’armée fédérale, soutenue par des milices locales et des troupes érythréennes, aux forces loyales au Front de libération du peuple du Tigré (TPLF). Selon des estimations de l’Union africaine, cette guerre a fait au moins 600 000 morts et laissé une région exsangue.
Un accord de paix conclu en 2022 avait permis de rétablir un calme relatif pendant plus de deux ans. Mais des affrontements sporadiques ont de nouveau opposé forces fédérales et combattants tigréens en novembre dernier puis en janvier, ravivant les inquiétudes quant à la solidité du cessez-le-feu.
Depuis plusieurs semaines, d’importants contingents de l’armée fédérale sont massés aux abords du Tigré, tandis que les forces tigréennes ont également renforcé leurs positions. Cette montée en puissance militaire alimente la crainte d’un embrasement dans une région encore profondément marquée par la guerre.
Dans son entretien, Abiy Ahmed a pointé la responsabilité du TPLF, accusé d’entraver toute tentative de dialogue. S’exprimant exceptionnellement en tigrinya, la langue du Tigré, il a affirmé que certains acteurs « empêchent le dialogue d’avoir lieu » et reproché au mouvement, autrefois dominant sur la scène politique éthiopienne pendant près de trente ans, de ne pas être disposé « à faire le moindre compromis ».
Le TPLF, marginalisé et interdit après l’arrivée au pouvoir d’Abiy Ahmed en 2018, rejette ces accusations. Dans un entretien accordé mercredi à l’AFP, son numéro deux, Amanuel Assefa, a affirmé que le gouvernement fédéral se préparait « à lancer une guerre contre le Tigré ».
La situation régionale ajoute à la complexité du dossier. Addis-Abeba accuse par ailleurs le TPLF de se rapprocher de l’Érythrée voisine, accusation démentie par le mouvement tigréen. Les relations entre les deux pays demeurent fragiles, Asmara soupçonnant notamment l’Éthiopie, enclavée, de convoiter le port érythréen d’Assab.
Abiy Ahmed a lui-même évoqué le rôle potentiel de l’Érythrée dans l’instabilité régionale, estimant que le pays « n’hésiterait pas à déstabiliser » l’Éthiopie s’il en avait l’occasion. « Nous ne lui donnerons pas une nouvelle chance de nuire à notre peuple. Si elle tente quelque chose, ce sera sa dernière tentative », a-t-il averti.
L’Éthiopie et l’Érythrée se sont déjà affrontées dans une guerre meurtrière entre 1998 et 2000 pour le contrôle de plusieurs localités frontalières. Si Abiy Ahmed avait initialement scellé une réconciliation historique avec le président érythréen Issaias Afeworki en 2018 — initiative qui lui valut le prix Nobel de la paix l’année suivante — leurs relations se sont depuis de nouveau dégradées.