Dans l’est de la République démocratique du Congo, le transport lacustre est de nouveau autorisé sur le lac Tanganyika. Suspendu pendant plus d’un mois et demi sur décision du gouvernement congolais, après l’occupation de la ville d’Uvira par l’AFC/M23, le trafic reprend progressivement.
RDC : la reprise du transport fluvial redonne espoir aux populations d’Uvira
Une reprise accueillie avec soulagement par les populations riveraines, tant elle marque le retour d’un lien vital pour l’économie locale et la vie quotidienne.
Un axe vital à nouveau ouvert
Les moteurs des bateaux résonnent à nouveau sur les eaux du lac Tanganyika. Après plusieurs semaines d’arrêt, les échanges commerciaux par voie lacustre ont officiellement repris.
Les liaisons entre Uvira et Kalemie sont redevenues opérationnelles, tout comme celles reliant la RDC aux pays voisins, notamment le Burundi, la Tanzanie et la Zambie.
Pour les habitants d’Uvira, cette reprise représente bien plus qu’un simple redémarrage du transport : elle symbolise un retour progressif à la normale après une période marquée par l’insécurité, la peur et les pénuries. Le lac Tanganyika constitue en effet l’un des principaux corridors commerciaux de la région, indispensable à l’approvisionnement des marchés locaux.
Parmi les premiers bénéficiaires de cette reprise figurent les commerçants, durement affectés par la suspension du trafic. Pendant plus d’un mois, nombre d’entre eux ont vu leurs activités paralysées, faute de marchandises et de clients.
Lydiane Tausi, commerçante à Uvira, témoigne : « Nous sommes heureux d’être encore ici à Uvira. Nous n’avons rencontré aucun obstacle ni difficulté majeure, en dehors des souffrances endurées. Nous nous réjouissons de pouvoir reprendre nos activités dans le calme. »
Pour ces acteurs de l’économie locale, la réouverture du lac permet de renouer avec les circuits d’approvisionnement et d’envisager, timidement, une relance de leurs affaires. La reprise du trafic lacustre coïncide également avec le retour de nombreuses familles déplacées. Lors de la chute d’Uvira aux mains des rebelles du M23, des milliers d’habitants avaient fui la ville, cherchant refuge au Burundi ou à Kalemie, souvent dans des conditions de grande précarité.
Aujourd’hui, avec l’amélioration relative de la situation sécuritaire et le retour des forces gouvernementales, plusieurs déplacés font le chemin inverse, portés par l’espoir de reconstruire leur vie.
Sarah Amani, habitante d’Uvira, raconte : « Lorsque nous avons appris le retour des militaires congolais à Uvira, nous avons décidé de rentrer. Nous remercions le gouvernement congolais pour le rétablissement de la paix, car partout où nous allions avec les enfants, nous manquions de vêtements et vivions dans une grande précarité. »
Aux ports d’Uvira et de Kalemie, l’activité reprend lentement mais sûrement. Les opérations de chargement et de déchargement des marchandises, interrompues durant plusieurs semaines, redémarrent progressivement, permettant à de nombreux travailleurs de retrouver leur emploi après une longue période de chômage forcé.
Mambo Fabrice, capitaine de bateau, confie : « Nous avons beaucoup souffert par manque de travail. Notre vie avait complètement changé ; c’était un véritable calvaire. »
Même soulagement du côté des dockers : Didier Kiza, travailleur portuaire, explique : « Nous remercions Dieu pour la liberté que nous venons de retrouver. Les activités reprennent au port : nous recommençons à décharger, à nous procurer de la nourriture et des médicaments. »
Les séquelles d’une longue suspension
Malgré cette reprise, les conséquences de l’arrêt prolongé du transport lacustre restent visibles. Sur les marchés d’Uvira, plusieurs produits de première nécessité notamment le poisson, la farine et le riz se sont faits rares pendant des semaines, provoquant une flambée des prix et fragilisant davantage les ménages déjà vulnérables. Si la réouverture du lac Tanganyika redonne espoir, elle ne suffit pas à effacer les pertes économiques et sociales subies.
Les opérateurs économiques et les habitants appellent désormais à des mesures d’accompagnement pour soutenir la relance durable des activités et éviter que de telles interruptions ne plongent à nouveau la région dans la crise.