Présidentielle au Nigeria : Atiku Abubakar écarté, l’opposition annonce un recours

Des policiers montent la garde tandis que des partisans d’Atiku Abubakar brandissent des portraits de leur candidat lors du congrès du parti Action Congress (AC), à Lagos.   -  
Copyright © africanews
GEORGE OSODI/GEORGE OSODI

L’annonce a provoqué une onde de choc parmi ses partisans. Au Nigeria, la candidature d’Atiku Abubakar, figure de proue de l’opposition, à la prochaine élection présidentielle a été rejetée. Beaucoup de ses partisans pointent du doigt le Congrès des progressistes (APC), le parti au pouvoir, qu’ils soupçonnent d’être impliqué dans cette affaire.

Un tribunal nigérian a déclaré jeudi invalide la désignation d’Atiku Abubakar comme candidat à l’élection présidentielle pour le parti d’opposition African Democratic Congress (ADC), à moins de deux mois du scrutin.

Le parti fera appel, a annoncé son porte-parole. Cette décision place toutefois Abubakar dans une situation juridique délicate et sème le doute chez les électeurs à l’approche de l’élection prévue le 16 janvier.

L’ADC, l’un des principaux partis d’opposition qui cherchent à évincer le président Bola Tinubu, est enlisé dans des litiges concernant sa direction. Ces conflits internes ont entraîné son candidat à la présidentielle de 2027 dans cette affaire.

La décision de jeudi constitue "une nouvelle tentative désespérée de paralyser l’opposition et de priver les Nigérians du droit de choisir leurs dirigeants lors des prochaines élections générales", a déclaré le porte-parole de l’ADC, Bolaji Abdullahi, dans un communiqué.

Plus tôt cette année, le gouvernement fédéral avait soutenu une autre action en justice portant sur l’éligibilité de l’ADC à participer aux élections de 2027 dans le pays le plus peuplé d’Afrique.

Le porte-parole de Tinubu, Daniel Bwala, a déclaré que l’APC "n’était absolument pas impliqué" dans le litige concernant la direction du parti, à l’origine de la décision de jeudi.

Selon les médias nigérians, la Haute Cour fédérale d’Abuja a invalidé la direction actuelle de l’ADC, conduite par David Mark, en conflit avec Nafiu Bala Gombe, qui revendique également la direction du parti.

En invalidant la nomination de David Mark, le tribunal a également remis en cause celle d’Abubakar comme candidat, intervenue alors que ce dernier était à la tête du parti, ont rapporté les médias nigérians.

Des litiges "excessifs" ont entaché le scrutin de 2023

Cette décision est intervenue au lendemain du lancement de la campagne d’Abubakar, lors d’un rassemblement organisé dans l’État de Sokoto.

"Le moment choisi pour ce jugement n’est pas une coïncidence", a déclaré Abubakar dans un communiqué.

Il n’a toutefois pas évoqué cette décision lors d’un rassemblement organisé plus tard dans la journée dans l’État de Kebbi, au nord-ouest du pays.

Sadiq Ibrahim Dasin, président de l’ADC dans l’État d’Adamawa, dont Abubakar est originaire, a déclaré que la Commission électorale nationale indépendante (INEC) "n’avait pas levé le petit doigt concernant l’éligibilité de nos candidats".

"Nous devons poursuivre la campagne", a-t-il ajouté.

Lors des élections de 2023 au Nigeria, les observateurs électoraux de l’Union européenne avaient déclaré que "les litiges préélectoraux excessifs avaient mis en évidence des conflits intra-partis généralisés".

"Parmi au moins 1 200 affaires judiciaires, certaines ont été perçues comme politisées, d’autres comme trop techniques, tandis que certaines se chevauchaient avec le scrutin", indique le rapport de la mission d’observation, qui avait averti que ces procédures risquaient de "saper la confiance dans le processus démocratique".

Jeudi également, le parti de Peter Obi, autre figure majeure de l’opposition, a affirmé que ses réunions étaient perturbées par l’APC, évoquant plusieurs annulations de dernière minute dans des hôtels d’Abuja.

"Ce n’est pas de la démocratie", a dénoncé le Congrès démocratique nigérian (NDC) de Peter Obi dans un communiqué.

Daniel Bwala a rejeté ces accusations, rappelant que "les hôtels d’Abuja sont des établissements privés".

Si Abubakar ne pouvait pas se présenter, l’élection se déroulerait alors sans candidat majeur issu du nord du pays, une situation susceptible de susciter des tensions dans un pays où la représentation régionale constitue un enjeu politiquement sensible.

"Le pouvoir judiciaire, dans une certaine mesure, se laisse instrumentaliser par les politiciens, par le parti au pouvoir", a déclaré Sunday Joseph, un partisan d’Abubakar, dans l’État d’Adamawa.

"Ils ont peur d’Atiku", a-t-il ajouté, employant le prénom du candidat, comme le font souvent ses partisans.

Abubakar est arrivé en deuxième position lors de l’élection présidentielle de 2023. Peter Obi, qui a qualifié de "choquante" la décision rendue jeudi à l’encontre d’Abubakar, avait terminé troisième.

Abubakar, qui brigue la présidence du Nigeria pour la septième fois, a promis "de veiller à ce que la sécurité soit rétablie dans toutes les régions du pays", lors d’un rassemblement mercredi dans l’État de Sokoto, en proie à l’insécurité et confronté à la fois aux violences des groupes djihadistes et des gangs criminels.

Il a également promis de rétablir les subventions sur les carburants, alors que les électeurs sont confrontés à une grave crise du coût de la vie, dans le sillage des réformes économiques engagées sous la présidence de Tinubu.

À découvrir également

Voir sur Africanews
>