Afrique du Sud : la ruée vers les centres de données assoiffés d'eau inquiète

Des habitants de Soweto, en Afrique du Sud, font la queue pour s'approvisionner en eau ce samedi 16 mars 2024   -  
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Au Cap, la multiplication des centres de données suscite une inquiétude croissante parmi les associations de défense des habitants et de l’environnement. Alors que l’Afrique du Sud veut devenir une « porte d’entrée numérique » du continent, des militants dénoncent l’impact potentiel de ces infrastructures sur les ressources en eau et l’accès aux services essentiels.

Dans le quartier de Barcelona, près d’un terrain acquis par le géant américain Equinix, des habitants vivent encore sans eau courante ni système d’assainissement. Certains doivent parcourir de longues distances ou payer des jeunes pour transporter des bidons depuis des robinets communautaires.

« Les gens peuvent attendre jusqu’à deux heures rien que pour remplir un seau de vingt litres d’eau », témoigne Kenneth Matlawe, militant du mouvement Housing Assembly. Selon lui, l’arrivée de nouvelles infrastructures numériques doit aussi prendre en compte les besoins des communautés locales.

Les associations réclament ainsi un moratoire sur la construction de nouveaux centres de données, le temps d’établir un cadre réglementaire spécifique pour ce secteur en pleine expansion, notamment porté par le développement de l’intelligence artificielle.

Le Cap compte déjà une douzaine de centres de données et a autorisé cinq nouveaux projets. À l’échelle nationale, l’Afrique du Sud possède plus de 60 installations, soit le plus grand nombre sur le continent.

Des inquiétudes sur la consommation d’eau

Dans un mémoire transmis à la Commission sud-africaine des droits de l’homme, les organisations alertent sur la consommation potentielle des centres de données hyperscale. Elles estiment qu’avec des systèmes de refroidissement classiques, ces infrastructures pourraient utiliser jusqu’à 4,4 milliards de litres d’eau par an, soit l’équivalent de la consommation annuelle de plus de 18 000 foyers.

Une inquiétude particulièrement sensible au Cap, qui a évité de peu une crise majeure de l’eau en 2018 avec la menace du « Day Zero ».

Les défenseurs du projet assurent toutefois que ces infrastructures peuvent limiter leur impact. Sandile Dube, directeur général d’Equinix Afrique du Sud, affirme que les centres exploités par l’entreprise utilisent des systèmes de refroidissement à sec en circuit fermé, nécessitant très peu d’eau au quotidien.

Vers des règles plus strictes ?

Pour les associations, le débat dépasse la seule question de l’eau. Elles demandent davantage de transparence sur la consommation énergétique, les besoins en ressources et les conséquences environnementales avant toute nouvelle autorisation.

Les experts soulignent également que les promesses de création d’emplois doivent être relativisées. Si la construction d’un centre de données peut mobiliser plusieurs centaines de travailleurs, leur fonctionnement quotidien nécessite ensuite peu de personnel.

Face à la croissance rapide du secteur, les militants appellent donc à un équilibre entre développement numérique et protection des ressources. Pour eux, les investisseurs ne doivent pas être freinés par des règles claires, mais encadrés pour garantir que la transition numérique bénéficie aussi aux populations locales.

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