Le président brésilien de gauche, Luiz Inácio Lula da Silva, a remporté dimanche un quatrième mandat présidentiel, au terme d’un second tour serré. Son adversaire, le sénateur Flávio Bolsonaro, a refusé de reconnaître sa défaite et annoncé son intention de demander l’annulation du scrutin.
Brésil : Lula remporte un quatrième mandat, Bolsonaro conteste les résultats
Selon les résultats officiels, Lula a recueilli 51,8 % des suffrages, contre 48,2 % pour son rival, soit une avance d’environ 4,4 millions de voix.
Cette victoire intervient dans un contexte de progression des forces conservatrices en Amérique latine, notamment en Argentine, au Chili, en Colombie et au Pérou, avec le soutien du président américain Donald Trump.
Âgé de près de 81 ans, Lula a déjoué les pronostics après être arrivé derrière son adversaire au premier tour. La gauche a alors intensifié sa mobilisation, multipliant les rassemblements et renforçant sa présence sur les réseaux sociaux. Le taux d’abstention est passé de 21 % au premier tour à 19 % au second.
Le scrutin a toutefois été marqué par une controverse autour de la prolongation du vote de deux heures, décidée par la Cour suprême. Lula avait dénoncé le retrait de bus de la circulation dans plusieurs villes, qui aurait empêché des électeurs de se rendre aux urnes. Flávio Bolsonaro, qui avait lui-même demandé une prolongation dans certaines régions en raison de fortes pluies, a ensuite qualifié la décision d’« inacceptable » et de « sale manœuvre ».
« Il est impossible de reconnaître les résultats. Je vais demander l’annulation de ces élections », a-t-il déclaré à Brasília, sans que cette annonce ne remette en cause, à elle seule, les résultats officiels.
Un pays profondément divisé
Fils de l’ancien président d’extrême droite Jair Bolsonaro, qui purge une peine de 27 ans de prison pour tentative de coup d’État après sa défaite de 2022, Flávio Bolsonaro s’est présenté comme une figure plus modérée que son père. Il a néanmoins réussi à fédérer une large partie de l’électorat conservateur.
De son côté, Lula a défendu le bilan de son troisième mandat, marqué notamment par un recul de l’inflation et du chômage ainsi que par la sortie de millions de personnes de la faim. Le coût de la vie et l’insécurité sont toutefois restés des préoccupations majeures pour de nombreux électeurs.
La campagne a également été marquée par des tensions autour des réseaux sociaux. L’équipe de Lula a accusé Meta, maison mère de Facebook, Instagram et WhatsApp, de favoriser son adversaire par une supposée manipulation algorithmique. Le groupe a rejeté ces accusations, tout en reconnaissant des désactivations erronées de certaines publicités de campagne pour des raisons techniques.
Après sa victoire, Lula a plaidé pour une réglementation des plateformes numériques.
Des défis importants pour le nouveau mandat
Lula devra gouverner un pays où près d’un électeur sur deux a voté pour son adversaire. Il devra également composer avec un Congrès dominé par la droite.
La souveraineté nationale a été au cœur de sa campagne, dans un contexte de pressions commerciales et diplomatiques exercées par Washington. « Ce pays n’acceptera pas d’être l’arrière-cour de qui que ce soit », a-t-il déclaré dimanche.
Sa victoire a été saluée par plusieurs dirigeants latino-américains, dont la présidente mexicaine de gauche, Claudia Sheinbaum. Les présidents chilien José Antonio Kast et équatorien Daniel Noboa lui ont également adressé leurs félicitations, malgré leurs orientations politiques différentes.
À l’issue de cette campagne, le Brésil apparaît plus que jamais partagé entre deux visions politiques opposées, dont la confrontation devrait peser sur le prochain mandat présidentiel.