Au Kenya, le prédicateur autoproclamé Paul Mackenzie et 28 coaccusés ont été reconnus coupables du meurtre de 191 personnes, dont 190 enfants, dans l’affaire du massacre de la forêt de Shakahola. Le verdict a été rendu lundi par un tribunal de Mombasa, plus de trois ans après la découverte des premières fosses communes.
Massacre de Shakahola : Paul Mackenzie et 28 coaccusés reconnus coupables
La justice kényane a rendu son verdict dans l’une des affaires les plus meurtrières liées à une secte religieuse dans le pays. Paul Mackenzie, fondateur de l’Église Good News International, et ses 28 coaccusés ont été reconnus coupables du meurtre de 190 enfants et d’un adulte.
Selon l’accusation, le prédicateur aurait incité ses adeptes à jeûner jusqu’à la mort afin de "rencontrer Jésus". Les victimes auraient été soumises à des pratiques extrêmes dans un domaine de 325 hectares situé dans la forêt de Shakahola, près de Malindi, sur la côte kényane.
La juge Diana Kavedza Mochache a estimé que l’accusation avait établi la culpabilité des 29 prévenus. Le tribunal a notamment retenu l’existence d’une organisation structurée autour de pratiques de radicalisation, d’isolement et de domination, qui auraient conduit des familles à rompre leurs liens et certaines mères à laisser leurs propres enfants mourir de faim.
Plus de 400 morts recensés
L’affaire a éclaté en avril 2023, après le signalement d’une organisation de défense des droits humains et le sauvetage de plusieurs adeptes. Les opérations policières ont ensuite révélé des centaines de fosses communes dans la forêt de Shakahola.
En 2024, la Commission nationale kényane des droits de l’homme avait recensé 429 morts. D’autres corps ont depuis été découverts, tandis que certaines victimes n’ont toujours pas été identifiées.
Les examens médico-légaux ont établi que 72 victimes étaient mortes de faim. D’autres décès ont été attribués à l’asphyxie, à une compression manuelle du cou ou à des traumatismes crâniens. Pour 110 corps, la décomposition avancée n’a pas permis de déterminer précisément la cause du décès. Le tribunal a néanmoins estimé que les éléments circonstanciels permettaient de conclure à une mort par inanition.
Les accusés contestent les accusations portées contre eux. Lawrence Obonyo, avocat de la défense de Paul Mackenzie, a déclaré que ses clients étaient surpris et déçus par le verdict. Il estime que le tribunal n’a pas suffisamment tenu compte des éléments présentés lors des audiences et a annoncé son intention de faire appel.
De son côté, Renson Ingonga, directeur des poursuites publiques du Kenya, a salué une décision importante pour la justice kényane. Il a souligné la difficulté d’obtenir une condamnation dans une affaire comportant 191 chefs d’accusation, plusieurs prévenus et de nombreux témoins.
Francis Wanje, 62 ans, qui a perdu huit membres de sa famille, dont sa fille et deux petits-enfants, s’est dit soulagé par la décision. Il a toutefois rappelé la douleur persistante liée à ces pertes. "Les miens ne reviendront jamais, mais au moins, quelque chose a été fait", a-t-il déclaré.
Le massacre de Shakahola a suscité au Kenya des appels à un renforcement du contrôle des organisations religieuses. Paul Mackenzie avait déjà été arrêté en 2017 pour des accusations de radicalisation, avant d’être acquitté. En 2019, il avait de nouveau été arrêté dans une affaire liée à la mort de deux enfants, puis libéré sous caution.
Le prédicateur fait également l’objet d’autres procédures, notamment pour homicide involontaire et terrorisme. En janvier, il a été inculpé dans une affaire portant sur 52 corps supplémentaires découverts dans un village voisin.
Le prononcé des peines dans l’affaire des 191 meurtres est attendu le 6 novembre.