À Madagascar, El Niño menace d’aggraver la crise alimentaire dans le Grand Sud

Un enfant pris en charge dans un centre du Programme alimentaire mondial et Action contre la faim, à Beraketa, à l'extrême sud de Madagascar, le 12 novembre 2020.   -  
Copyright © africanews
Copyright 2020 The Associated Press. All rights reserved.

Dans le sud de Madagascar, la sécheresse, la hausse des prix et le recul de l’aide internationale font craindre une crise alimentaire d’une ampleur inédite. Avant même le début de la période de soudure, des milliers d’enfants souffrent déjà de malnutrition et l’arrivée d’El Niño assombrit davantage les perspectives.

À Ifotaka, dans le Grand Sud malgache, une bouillie de farine mijote dans un centre du Programme alimentaire mondial (PAM). Une dizaine d’enfants, amaigris et affaiblis par la malnutrition, attendent leur repas. La période de soudure, qui sépare deux récoltes, n’a pourtant pas encore commencé. Mais les pluies se font déjà rares et le phénomène El Niño, annoncé avec une intensité exceptionnelle, fait redouter une aggravation rapide de la situation.

Cette région aride, la plus pauvre de Madagascar, porte encore les stigmates de la famine de 2021-2022. À l’époque, quelque 30 000 personnes avaient été confrontées à une pénurie alimentaire extrême dans les environs d’Ifotaka. Pour survivre, certaines familles avaient consommé des cactus ou des déchets issus des tanneries. Le PAM avait alors décrit l’épisode comme la première famine attribuée au changement climatique.

Des besoins alimentaires en forte hausse

Les indicateurs actuels inquiètent déjà les organisations humanitaires. Selon le PAM, environ 3,7 millions de personnes pourraient connaître une insécurité alimentaire de niveau crise. Dans le Grand Sud, 39 % des enfants de moins de cinq ans pourraient souffrir de malnutrition aiguë d’ici avril, soit près de 270 000 enfants.

La situation sanitaire est particulièrement préoccupante. À l’hôpital d’Amboasary-Atsimo, six enfants malnutris sont morts depuis le début de l’année, contre quinze pour la seule année 2022, au plus fort de la précédente crise.

Le dérèglement climatique accentue une vulnérabilité déjà ancienne. Selon Tania Goosens, directrice du PAM à Madagascar, le pays a enregistré, en vingt ans, 35 cyclones, huit inondations et cinq sécheresses sévères, soit trois fois plus d’aléas climatiques que durant les deux décennies précédentes.

À Manindra, le constat des agriculteurs est immédiat. Malgré la proximité de l’océan Indien, la pluie manque. « Malheureusement, il n’y a pas de pluie », témoigne James Tsirimalaza, 46 ans, qui attend toujours les précipitations nécessaires à ses cultures.

L’aide internationale sous pression

À la sécheresse s’ajoute la réduction des moyens humanitaires. Le PAM indique n’atteindre qu’environ la moitié des 720 000 personnes qu’il avait prévu d’aider. Les cantines scolaires sont également touchées : 35 000 enfants ne bénéficient plus des repas distribués dans les établissements.

La hausse des coûts complique encore les opérations. Le renchérissement du pétrole et de l’urée, notamment lié aux tensions au Moyen-Orient, se répercute sur le transport, le pompage de l’eau, les engrais, la pêche et les prix alimentaires. L’inflation alimentaire annuelle à Madagascar atteignait 10,4 % en juillet, contre 6,8 % en janvier.

Dans le même temps, le recul de certains financements internationaux réduit les capacités des structures sanitaires et humanitaires. À l’hôpital d’Amboasary-Atsimo, le logo de l’Agence américaine pour le développement international (USAID), dont les activités ont été démantelées en 2025, rappelle cette diminution des soutiens.

L’accès à l’eau, un enjeu décisif

Pour les habitants, l’irrigation constitue pourtant une voie de sortie possible. Eva Razafindrazaka, 51 ans, explique ne pouvoir arroser son champ, situé trop loin du point d’eau collectif. À ses côtés, son petit-fils est pris en charge pour malnutrition.

Les pompes solaires permettent à certains agriculteurs de contourner cette difficulté, mais leur coût reste prohibitif pour la majorité. Manjomaro Andrianantenaina, 25 ans, a dépensé plus de deux millions d’ariary, soit environ 400 euros, pour creuser un puits équipé d’une pompe solaire.

Un tel investissement reste inaccessible dans une région où plus de 90 % de la population vivait sous le seuil de pauvreté de 2,15 dollars par jour en 2023, selon la Banque mondiale.

À défaut de pouvoir compter sur des pluies régulières, le jeune agriculteur s’est donc adapté : « Avant, je m’inquiétais de la pluie quand il faisait chaud. Maintenant, je guette le soleil pour pomper l’eau. »

Mais dans le Grand Sud, où la prochaine période de soudure approche, ces solutions demeurent encore trop rares pour répondre à l’ampleur des besoins.

Voir sur Africanews
>