L’ONU alerte sur les discriminations à l’ère de l’intelligence artificielle

Le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, lors de la 81e session de l'Assemblée générale des Nations unies, au siège de l'organisation, le 22/09/ 2026.   -  
Copyright © africanews
Copyright 2026 The Associated Press. All rights reserved.

À New York, le 25e anniversaire de la Déclaration et du Programme d’action de Durban a donné lieu à un appel renouvelé des Nations unies à traduire les engagements internationaux en mesures concrètes. António Guterres a notamment alerté sur la persistance des discriminations et sur leur amplification par les technologies numériques et l’intelligence artificielle.

Vingt-cinq ans après l’adoption de la Déclaration et du Programme d’action de Durban, le racisme demeure une source majeure d’inégalités et d’atteintes aux droits, a averti lundi le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, lors d’une réunion de haut niveau de l’Assemblée générale à New York.

« L’antidote à ces poisons, c’est l’unité et l’action concrète », a déclaré le chef de l’ONU, appelant les États à renforcer les législations antidiscriminatoires, leur application et les institutions chargées de les faire respecter. Il a également plaidé pour des mesures contre les discriminations systémiques et pour des politiques favorisant l’inclusion et l’égalité.

Selon António Guterres, le racisme reste étroitement lié aux héritages du colonialisme, de l’esclavage et de l’oppression. Il se traduit notamment par des inégalités économiques, sociales et politiques, mais aussi par des pratiques institutionnelles et des politiques discriminatoires fondées sur la race, la religion, la couleur, l’ascendance ou l’origine nationale ou ethnique. Les personnes d’ascendance africaine, les peuples autochtones, les migrants, les réfugiés et les minorités restent particulièrement exposés aux atteintes à leurs droits et à l’égalité des chances.

L’intelligence artificielle au cœur des nouvelles inquiétudes

L’ONU a également placé les technologies numériques au centre de ses préoccupations. Les plateformes et les systèmes d’intelligence artificielle peuvent amplifier les discours de haine, la désinformation et les stéréotypes, voire contribuer à la diffusion de contenus susceptibles d’alimenter la violence.

Les entreprises technologiques doivent, selon António Guterres, identifier et corriger les biais de leurs systèmes afin que l’innovation contribue à l’égalité plutôt qu’à la discrimination. Le président de l’Assemblée générale, Khalilur Rahman, a préconisé des garanties à toutes les étapes du développement technologique : données représentatives, transparence, supervision humaine, mécanismes de responsabilité et voies de recours.

« L’innovation doit faire progresser l’égalité, et non automatiser la discrimination », a-t-il déclaré.

Khalilur Rahman a également souligné les lacunes persistantes dans l’application des engagements internationaux. Selon le Comité pour l’élimination de la discrimination raciale, 78 des 182 États parties à la Convention internationale sur l’élimination de toutes les formes de discrimination raciale accusent un retard important dans la présentation de leurs rapports, certains depuis plusieurs décennies. Il y voit un « déficit de responsabilité » et appelle à des enquêtes rapides et impartiales sur les actes racistes, à la lutte contre l’impunité ainsi qu’à l’interdiction du profilage racial.

La justice réparatrice mise en avant

La question de la mémoire et des héritages historiques a également occupé une place centrale dans les interventions. Claudia Fuentes Julio, sous-secrétaire générale de l’ONU aux droits de l’homme, a estimé que la justice réparatrice était indispensable pour s’attaquer au racisme systémique.

Elle a averti que les avancées enregistrées depuis Durban restent fragiles et qu’un recul est observé dans certains pays. Selon les données citées lors de la réunion, une personne sur cinq affirme avoir été victime de discrimination.

Pour Claudia Fuentes Julio, la lutte contre le racisme ne peut faire l’économie d’un examen du passé, notamment à travers le travail de mémoire, la restitution du patrimoine et le soutien aux victimes. Ces démarches sont, selon elle, nécessaires pour s’attaquer aux mécanismes historiques du racisme systémique.

La société civile a, elle aussi, appelé à une implication accrue des jeunes et des communautés concernées. Marley Dias, créatrice de la campagne #1000BlackGirlBooks, a notamment plaidé pour une participation directe des populations confrontées au racisme. Lancée à l’âge de 11 ans pour répondre au manque de représentation des filles noires dans les livres scolaires, son initiative rassemble aujourd’hui plus de 15 000 ouvrages.

À l’occasion de cet anniversaire, António Guterres a enfin appelé à faire de la deuxième Décennie internationale consacrée aux personnes d’ascendance africaine une période de « changements concrets », tout en réitérant son appel à la ratification universelle et à la pleine application de la Convention internationale sur l’élimination de toutes les formes de discrimination raciale.

Voir sur Africanews
>