Cameroun : face à la hausse des féminicides, les familles réclament justice

Marche contre la hausse des cas de féminicides, à Nairobi, au Kenya, le 1er juin 2026.   -  
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Au Cameroun, l’augmentation des meurtres de femmes suscite une mobilisation croissante de la société civile. Selon les chiffres officiels cités par le ministère de la Promotion de la femme et de la famille, 50 féminicides ont été enregistrés entre janvier et avril 2026, après 67 cas en 2024 et 77 en 2025.

Derrière ces statistiques, les familles confrontées à la violence racontent des drames qui bouleversent des proches et des communautés entières. À Yaoundé, Courage Anushuni, 18 ans, s’apprête ainsi à enterrer sa mère, Géraldine Achia, une institutrice d’une trentaine d’années battue à mort. Son conjoint, principal suspect, a été arrêté plusieurs jours après les faits, à plus de 300 kilomètres de la capitale. Il nie avoir tué sa femme.

La sœur de la victime, Régina Mbatiabuh Ngukum, affirme avoir découvert à l’hôpital un corps portant de nombreuses traces de coups. Elle dit également avoir retrouvé sur le téléphone de Géraldine des photographies montrant son visage couvert de contusions. La famille conteste par ailleurs la version avancée par le conjoint, qui aurait expliqué qu’une dispute avait éclaté après une sortie de la victime.

Une réponse judiciaire jugée insuffisante

Pour plusieurs associations, la persistance des violences s’explique notamment par les normes patriarcales, les difficultés économiques, la consommation d’alcool ou de drogues et, surtout, par le sentiment d’impunité. « À chaque fois, on privilégie un arrangement à l’amiable », déplore Viviane Tathi Yende, cofondatrice de Stop Féminicides 237.

Le cadre juridique est au centre des revendications. Le Code pénal camerounais ne définit pas actuellement le féminicide comme une infraction spécifique : les meurtres de femmes sont poursuivis sous les qualifications générales de meurtre ou d’assassinat. Pour la juge d’instruction Martine Ahanda Tana, une définition légale du féminicide permettrait d’harmoniser les pratiques judiciaires et de mieux prendre en compte le contexte des violences conjugales.

La ministre de la Promotion de la femme et de la famille a annoncé fin août qu’un projet de loi préparé depuis plusieurs années avait obtenu un consensus et devait être soumis au Parlement lors de la session de novembre.

La rue réclame des actes

En attendant, la mobilisation s’intensifie. Le 19 septembre, plusieurs centaines de personnes ont défilé à Yaoundé pour dénoncer les violences faites aux femmes et réclamer davantage de justice. Le Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC), parti d’opposition, a pour sa part dénoncé la « passivité coupable » du gouvernement.

La question a également suscité la réaction de la footballeuse internationale camerounaise Ajara Nchout Njoya, dont la prise de position sur les réseaux sociaux est devenue virale.

À l’échelle continentale, les Nations unies indiquent que l’Afrique affiche le taux de féminicides le plus élevé au monde, avec environ trois victimes pour 100 000 femmes, contre 0,5 en Europe. Au Cameroun, les familles des victimes continuent de demander que les procédures judiciaires aboutissent. Pour Courage Anushuni, l’exigence tient en quelques mots : « que justice soit rendue ».

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