Soudan : le retour à Khartoum vire à la désillusion pour des millions d’habitants

Une femme prépare de la nourriture destinée à être distribuée aux personnes dans le besoin à Khartoum, au Soudan, ce mercredi 23 septembre 2026. (Photo AP/Marwan Ali)   -  
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Revenir chez soi, mais retrouver une ville en ruines. À Khartoum, des millions de Soudanais rentrent progressivement dans la capitale après sa reprise par l'armée. Pourtant, le manque d'électricité, d'eau, de soins, d'emplois et la destruction des infrastructures rendent le quotidien extrêmement difficile.

Depuis le début de la guerre entre l'armée soudanaise et les Forces de soutien rapide (RSF) en 2023, près de quatre millions de personnes ont fui Khartoum. Les combats ont dévasté de vastes quartiers de la ville. Depuis que l'armée en a repris le contrôle l'an dernier, environ 2,7 millions d'habitants sont revenus, partagés entre le soulagement de retrouver leur foyer et la réalité d'une capitale encore largement invivable.

Si les autorités encouragent ce retour, elles ont rouvert l'aéroport aux vols intérieurs et entrepris de remettre en état plusieurs infrastructures. Mais sur le terrain, les habitants continuent de subir des coupures d'électricité et d'eau qui peuvent durer plusieurs jours. Les marchés ont rouvert, mais le chômage massif et la flambée des prix limitent fortement la reprise économique.

Pour Emad Khaled, entrepreneur de 43 ans, le retour a rapidement tourné à la déception. Il a décidé de renvoyer sa famille en Égypte, estimant que les conditions de vie à Khartoum restent incompatibles avec une vie de famille. Plusieurs responsables gouvernementaux, pourtant appelés à revenir dans la capitale, ont également choisi de laisser leurs proches à l'étranger.

La situation reste particulièrement préoccupante dans les quartiers les plus touchés. En juin, les Nations unies estimaient que seulement 1 % de Khartoum pouvait être considéré comme sûr, en raison notamment de la présence de munitions non explosées et de pièges laissés par les combats.

Près d'un demi-million de réfugiés sont revenus d'Égypte, où beaucoup faisaient face à la hausse du coût de la vie, à des discriminations et à des expulsions. Mais ceux qui disposent encore de ressources préfèrent souvent rester à l'étranger, laissant des quartiers entiers presque déserts.

L'accès aux soins demeure également un défi majeur. Malgré les efforts des associations pour remettre les hôpitaux en service, de nombreux médicaments restent introuvables ou hors de prix. Certaines familles doivent parcourir plusieurs pharmacies avant de trouver un traitement, tandis que les longues coupures d'électricité empêchent la conservation de médicaments sensibles comme l'insuline.

L'inflation aggrave encore les difficultés. Pour de nombreux habitants, les prix des produits alimentaires augmentent quotidiennement, alors que les revenus restent très faibles. Beaucoup ont également perdu leurs biens lors des pillages et peinent à remplacer les équipements indispensables.

Le système éducatif souffre lui aussi des conséquences de la guerre. Les autorités ont ordonné la reprise des cours en présentiel à l'université de Khartoum, malgré des infrastructures encore dégradées et l'insécurité persistante. Enseignants et étudiants dénoncent une décision prématurée, estimant que les conditions ne sont pas réunies pour un retour normal.

Pendant ce temps, les combats se poursuivent dans plusieurs régions du pays, notamment au Darfour, au Kordofan et dans le Nil Bleu. Pour de nombreux habitants, reconstruire Khartoum ne suffira pas tant que la guerre continuera ailleurs au Soudan.

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