À l’approche des premières élections de son histoire, le Soudan du Sud demeure confronté à une profonde instabilité politique et sécuritaire, selon une commission des Nations unies chargée des droits humains, qui a achevé jeudi une mission dans le pays.
Soudan du Sud : l’ONU alerte sur l’absence de progrès avant les premières élections
L’instance déplore l’absence de progrès significatifs dans la lutte contre la corruption et la consolidation de la stabilité politique, alors que le gouvernement prévoit de tenir le scrutin en décembre, quinze ans après l’indépendance.
La situation s’est notamment détériorée avec la reprise des violences entre les forces alliées au président Salva Kiir et celles de son rival politique de longue date, Riek Machar, actuellement détenu. L’accord de partage du pouvoir conclu entre les deux camps s’est progressivement désagrégé, ravivant les tensions dans un pays déjà marqué par une grave pauvreté et une succession de crises politiques.
La commission de l’ONU fait état de violations persistantes et graves des droits humains : meurtres de civils, déplacements de populations, violences sexuelles, recrutement d’enfants, détentions arbitraires et poursuites abusives contre des opposants politiques. Elle réclame l’ouverture d’enquêtes indépendantes afin que les responsables de ces exactions puissent être poursuivis.
« Les types de violations n’ont pas fondamentalement changé », a constaté le commissaire Carlos Castresana Fernández, soulignant la répétition des mêmes violences et la persistance de leur principale cause : l’impunité. Selon lui, l’absence de sanctions et le détournement des ressources publiques entretiennent un système dans lequel « l’impunité devient enracinée », ce qui contribue à alimenter la violence.
La commission souligne également le rétrécissement de l’espace politique et civique, ainsi que l’absence de plusieurs garanties indispensables à l’organisation d’un scrutin pacifique et crédible. Les acteurs rencontrés lors de la mission ont fait part de leur inquiétude face à l’impact de la reprise des combats et au niveau élevé de défiance entre responsables politiques, a indiqué le commissaire Barney Afako.
La question de la corruption demeure tout aussi préoccupante. Un rapport majeur publié l’an dernier par la commission avait accusé les élites au pouvoir d’avoir détourné des milliards de dollars provenant des revenus pétroliers, sans que ces ressources aient permis de développer à la hauteur des besoins les écoles, les hôpitaux et les institutions publiques.
Le scrutin de décembre constitue en outre une échéance maintes fois repoussée. Les élections avaient déjà été reportées en 2022 puis en 2024. Pour la présidente de la commission, Yasmin Sooka, les schémas de violations ont « peu évolué », tandis que leur coût humain continue de s’alourdir.
À l’heure où le pays se prépare à sa première consultation électorale, l’ONU considère ainsi que les conditions politiques, sécuritaires et institutionnelles restent insuffisantes pour garantir une transition véritablement crédible.