Le système de santé soudanais, déjà ravagé par plus de trois ans de guerre, est confronté à une nouvelle crise. Les organisations humanitaires alertent sur la fermeture de 36 établissements de santé supplémentaires cette année, conséquence directe des réductions de l'aide internationale. Plus de 470 000 personnes risquent ainsi de perdre l'accès aux soins essentiels.
Soudan : la baisse de l'aide internationale accélère la chute du système de santé
Avant le conflit, le Soudan disposait d'environ 6 500 centres de soins de première ligne et de 300 hôpitaux publics. Mais les combats qui opposent, depuis avril 2023, l'armée soudanaise aux Forces de soutien rapide (RSF) ont profondément désorganisé le système de santé. Selon l'Organisation mondiale de la santé, entre 70 et 80 % des structures sanitaires situées dans les zones les plus touchées étaient déjà fermées ou fonctionnaient très difficilement dès 2024.
Pour les organisations humanitaires, les coupes budgétaires ne font qu'aggraver une situation déjà catastrophique. L'International Rescue Committee (IRC) explique que le manque de financements entraîne la fermeture d'établissements, le licenciement de personnels soignants et la rupture des chaînes d'approvisionnement en médicaments et en traitements nutritionnels.
Dans l'est du pays, l'IRC indique que la fermeture de ses 36 centres de santé prive près de 474 000 personnes de services médicaux indispensables. Quelques structures poursuivent temporairement leurs activités grâce à des financements d'urgence, mais ces ressources devraient s'épuiser d'ici la fin du mois de septembre.
Médecins Sans Frontières (MSF) souligne également que les financements alternatifs restent insuffisants depuis la fin de nombreuses subventions internationales. Les réductions de l'aide américaine, suivies par celles de plusieurs bailleurs européens, ont fragilisé de nombreuses opérations humanitaires.
Cette baisse des financements se traduit aussi par une diminution de la présence des ONG sur le terrain. Au camp d'Um Rakuba, dans l'État de Gedaref, qui accueille environ 17 000 personnes déplacées, moins de dix organisations humanitaires sont encore actives, contre une trentaine en 2021. L'hôpital soutenu par MSF est désormais le principal, voire l'unique recours médical pour les réfugiés et les populations locales.
Les conséquences sanitaires sont déjà visibles. MSF fait état d'importantes flambées de rougeole, notamment au Darfour où la majorité des malades ne sont pas vaccinés. Le pays est également confronté à des épidémies de choléra et de paludisme, dans un contexte où l'accès aux soins devient de plus en plus limité.
Au-delà de la crise sanitaire, la guerre continue de provoquer une catastrophe humanitaire majeure. Le conflit a fait au moins 59 000 morts, déplacé près de 13 millions de personnes et plongé plusieurs régions dans la famine. Alors que les initiatives diplomatiques peinent à faire taire les armes, les organisations humanitaires appellent les donateurs internationaux à rétablir rapidement les financements afin d'éviter un effondrement total des services de santé et une aggravation de la crise.