C’est une ambiance des grands jours dans les rues de Nikki, dans le nord du Bénin. Des milliers de personnes accompagnent des dignitaires vêtus d’apparats multicolores vers la grande place des fêtes.
Bénin : à Nikki, la Gaani célèbre l’histoire et l’unité des peuples du Nord
Parmi eux, le Roi de Nikki, qui prend part aux célébrations de la Gaani, une fête traditionnelle et historique mettant à l’honneur les peuples Baatonu, Boo et Waasangari.
Selon Prince Sime, médiateur culturel de la Cour royale de Nikki, ces communautés sont historiquement réparties en deux grands clans : les Baatonu, considérés comme les Bariba autochtones, et les Waasangari, dont le nom signifie « les venants d’ailleurs ».
« Les peuples Baatonou, Boo et Waasangari doivent d’abord être classés en deux clans. Il y a le clan Baatonou, donc on les appelle les Bariba autochtones, et le clan des Waasangari, qui signifie les venants d’ailleurs », explique-t-il.
Installés aujourd’hui au Bénin, au Togo, au Nigeria et dans d’autres pays de la région, ces peuples se retrouvent chaque année au mois d’août à Nikki pour célébrer leur histoire et préserver une mémoire commune.
« À l’époque, il n’y avait pas la division des pays. Ils étaient ensemble et occupaient leur territoire comme ils le voulaient, du Nigeria au Bénin, au Togo et au Burkina, et allaient même jusqu’au Ghana. Mais les colons sont venus séparer cet ensemble. C’est pour cela qu’on retrouve une partie des Waasangari dans un pays et une autre partie ailleurs », poursuit Prince Sime.
La Gaani a ainsi contribué à préserver les liens entre ces communautés autour de la monarchie de Nikki. Le royaume repose sur une organisation traditionnelle avec un partage des pouvoirs entre les différents groupes.
Parmi les temps forts de la célébration figurent la parade des cavaliers, le rituel du tambour sacré et l’allégeance au Roi, autant de traditions qui continuent de rythmer cette grande rencontre culturelle.
« On peut classer les Bariba autochtones comme les Boo, ce sont les mêmes. C’est pour cela qu’on dit l’aire culturelle Baatonou et Boo. Eux, ils sont ensemble, mais les Waasangari sont à part et détiennent le pouvoir politique de façon royale. Et maintenant, les Boo et les Bariba détiennent le pouvoir administratif dans le royaume », détaille le médiateur culturel.
Instituée au XVIe siècle, la Gaani attire chaque année des visiteurs venus du Bénin, du Niger, du Togo, du Nigeria et d’ailleurs. La célébration contribue également à renforcer l’attractivité de Nikki et à dynamiser l’économie locale.
Pour le maire de Nikki, Akiilou Bio Madougou, cette manifestation constitue une source de fierté et participe à la valorisation de la royauté.
« Personnellement, c’est une fierté pour moi. C’est une fierté que ce joyau soit réalisé pour donner de la valeur à la chefferie, à la royauté et à la cour impériale de Nikki », souligne-t-il.
Entre influences haoussa, musulmane et animiste, la Gaani reste aujourd’hui un rendez-vous majeur de transmission culturelle et de mémoire. Elle rassemble des communautés présentes au-delà des frontières autour d’une histoire et de traditions communes.