Au Kenya, des centaines de femmes continuent de mourir pendant la grossesse ou à la suite de leur accouchement.
Au Kenya, accoucher reste un risque pour de nombreuses femmes
Dans le comté rural de Kilifi, où la mortalité maternelle dépasse largement la moyenne nationale, plusieurs familles dénoncent notamment les pénuries de médicaments, le manque d’équipements et les difficultés d’accès à des soins adaptés.
Le cas de Penina Zawadi illustre les difficultés auxquelles certaines femmes enceintes sont confrontées. Après une grossesse que sa famille décrit comme sans complication, la jeune femme a été admise à l’hôpital général de Malindi pour accoucher.
Face à son état critique, les médecins ont pratiqué une césarienne. Son bébé a survécu, mais Penina Zawadi a été victime d’une importante hémorragie. Selon sa famille, elle a attendu environ quatre heures avant d’être transférée vers l’hôpital de référence du comté de Kilifi, situé à une heure de route.
Les médecins ont finalement procédé à une ablation de l’utérus pour tenter de stopper l’hémorragie. Après plusieurs jours en soins intensifs, Penina Zawadi est décédée le 23 juin.
D’autres familles du comté témoignent de difficultés similaires. Halima Ramadhan, 27 ans, est morte en mars après avoir accouché de jumeaux par césarienne. Sa belle-mère, Mariam Kazungu, affirme avoir dû acheter elle-même des médicaments dans des pharmacies privées pendant l’hospitalisation de la jeune femme.
Ces témoignages mettent en lumière les faiblesses persistantes de certaines structures sanitaires. Outre les pénuries de médicaments et de matériel médical, le manque de moyens de transport vers des établissements mieux équipés peut retarder la prise en charge des urgences obstétricales.
Kilifi au-dessus de la moyenne nationale
Selon les dernières données gouvernementales citées dans le reportage, datant de 2022, le Kenya enregistrait 355 décès maternels pour 100 000 naissances lors desquelles l'enfant survit, contre 532 décès dans le comté de Kilifi.
Les principales causes sont les hémorragies sévères, les complications lors de l'accouchement, les troubles liés à l’hypertension comme la prééclampsie et certaines infections. L’accès tardif aux consultations prénatales peut également empêcher de détecter à temps des problèmes comme l’anémie ou l’hypertension.
La situation dépasse largement le Kenya. L’Afrique subsaharienne concentre environ 70 % des décès maternels dans le monde, avec quelque 180 000 décès liés à la grossesse chaque année sur le continent.
Les autorités kényanes reconnaissent l'ampleur du problème. Selon Khatra Abdi, directrice de la santé au Conseil des gouverneurs, 26 des 47 comtés du pays supportent encore une forte charge de mortalité maternelle et périnatale.
Un programme prévoit notamment la distribution à l’échelle nationale de carbétocine, un médicament utilisé pour prévenir les hémorragies excessives après l’accouchement. Des établissements de santé supplémentaires ont également été ouverts afin de rapprocher les soins des populations.
Mais pour les familles touchées, les efforts doivent encore être renforcés. Elles réclament notamment des hôpitaux mieux équipés et une prise en charge plus rapide des complications afin que des décès évitables ne continuent pas d’endeuiller les familles.