À Gaza, l’or devient un refuge face à l’effondrement du système financier

Des femmes palestiniennes sont assises dans une bijouterie du marché de la ville de Gaza, le jeudi 11 mai 2006.   -  
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Dans la bande de Gaza dévastée par la guerre, certains Palestiniens se tournent vers l’or pour protéger leurs économies. La pénurie de billets, la fermeture des banques et les difficultés d’accès aux services numériques ont profondément bouleversé les échanges financiers.

Le shekel israélien reste la principale monnaie utilisée au quotidien. Mais de nombreuses agences bancaires et de nombreux distributeurs ont été détruits ou ont cessé de fonctionner. Les habitants peuvent ainsi posséder de l’argent sur leur compte sans parvenir à obtenir les espèces nécessaires pour acheter des produits de première nécessité.

Des intermédiaires proposent de convertir les soldes électroniques en billets, en prélevant parfois des commissions très élevées. Les coupures encore en circulation sont souvent anciennes ou endommagées, au point que certains commerçants refusent de les accepter.

Une demande en forte hausse

Dans ce contexte, l’or apparaît comme une réserve de valeur qui peut être conservée directement par son propriétaire, sans dépendre des banques, de l’électricité ou d’une connexion Internet.

« Au début de la guerre, le prix du gramme d’or était inférieur de 10 % au cours mondial. Aujourd’hui, c’est l’inverse », explique Mohammed Al-Ashqar, bijoutier à Gaza. Selon lui, la demande a fortement augmenté depuis que la situation s’est quelque peu stabilisée.

L’offre reste cependant extrêmement limitée. Avant la guerre, l’or arrivait notamment de Cisjordanie, d’Égypte et de Dubaï. La fermeture des points de passage a interrompu cet approvisionnement.

« Gaza est totalement fermée de tous les côtés », souligne Abu Alaa Haboub, président du syndicat des négociants en or. « Aujourd’hui, plus aucun or n’entre dans la bande de Gaza. »

Pour les habitants qui disposent encore d’économies, les bijoux représentent une forme d’épargne portable. Ils peuvent être conservés à domicile puis revendus à un bijoutier lorsqu’un besoin urgent se présente.

« Je suis venue acheter de l’or parce que c’est un moyen de sécuriser et de préserver mon argent », raconte Rama Hussein, une habitante de Gaza âgée de 26 ans. « Les espèces ne sont pas toujours disponibles, les banques ne sont pas toujours ouvertes et les opérations bancaires peuvent parfois être impossibles. »

À ses yeux, l’or constitue une protection pour l’avenir : un bien reconnu et échangeable, auquel elle peut accéder sans rencontrer les mêmes obstacles qu’avec l’argent liquide ou les services bancaires.

Un refuge, mais aussi un dernier recours

Cette ruée vers l’or ne signifie pas que les habitants de Gaza s’enrichissent ou cherchent à spéculer. La situation révèle au contraire une profonde perte de confiance dans les infrastructures financières.

L’or joue désormais deux rôles opposés. Ceux qui disposent encore de ressources peuvent en acheter afin de préserver leur patrimoine. Mais les familles ayant épuisé leurs économies vendent parfois leurs alliances, bracelets et autres bijoux pour financer l’achat de nourriture, de médicaments ou d’un abri.

Dans l’enclave palestinienne, un bijou peut donc représenter aussi bien une protection financière que le dernier bien qu’une famille possède encore.

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