Le Gabon et la Guinée équatoriale ont formellement clos mardi, au siège de l’Union africaine (UA) à Addis-Abeba, leur différend territorial autour de l’île de Mbanié et des îlots de Cocotiers et Conga, après plusieurs décennies de contentieux.
Le Gabon et la Guinée équatoriale scellent leur différend territorial
L’accord, signé par le ministre équato-guinéen des Affaires étrangères, Simeón Oyono Esono Angue, et le président du Conseil constitutionnel gabonais, Dieudonné Aba’a Owono, engage les deux États à respecter la décision rendue en mai 2025 par la Cour internationale de justice (CIJ), la plus haute juridiction des Nations unies.
Le président de la Commission de l’UA, Mahamoud Ali Youssouf, a également apposé sa signature au bas du texte, saluant une résolution obtenue par le dialogue d’un "différend frontalier qui n’a que trop duré". Il a rendu hommage au leadership des présidents équato-guinéen Teodoro Obiang Nguema Mbasogo et gabonais Brice Clotaire Oligui Nguema, estimant que leur démarche constituait un exemple de règlement pacifique des différends sur le continent.
"Cette affaire est réglée de manière définitive", a déclaré Simeón Oyono Esono Angue, précisant que la signature de l’accord ne saurait être interprétée comme l’ouverture ou la reprise d’une quelconque procédure judiciaire sur une question déjà définitivement tranchée par la CIJ. Le ministre a appelé les deux pays à "aller de l’avant".
Pour Libreville, l’accord doit désormais ouvrir une nouvelle étape dans les relations bilatérales. "Le Gabon espère que la signature de cet accord inaugurera une nouvelle ère de coopération avec la Guinée équatoriale", a déclaré Dieudonné Aba’a Owono, qui a également souhaité que ce règlement puisse servir d’exemple à l’Afrique en matière de résolution pacifique des différends, dans le respect du droit, du dialogue, et de la sagesse.
Le contentieux opposait les deux voisins d’Afrique centrale depuis le début des années 1970. Il portait sur Mbanié, une île d’environ 30 hectares, ainsi que sur deux îlots de taille plus réduite, Cocotiers et Conga. Minuscules et pratiquement inhabités, ces territoires revêtent néanmoins une importance stratégique en raison de leur localisation dans une zone maritime susceptible de receler d’importantes ressources en pétrole et en gaz. Mbanié se trouve à une dizaine de kilomètres du territoire équato-guinéen le plus proche et à une vingtaine de kilomètres des côtes gabonaises.
À l’origine du litige se trouve un traité conclu en 1900 à Paris entre la France et l’Espagne, alors puissances coloniales, qui définissait les limites de leurs possessions respectives dans la région. Le texte attribuait notamment à l’Espagne la souveraineté sur les îlots aujourd’hui disputés. Devenu indépendant en 1968, l’État équato-guinéen a ensuite considéré que ce titre juridique lui avait été transmis avec la souveraineté espagnole.
Le Gabon contestait cette interprétation et soutenait qu’un accord conclu en 1974 entre les deux États indépendants, la convention de Bata, avait établi sa souveraineté sur les trois îlots. Saisie conjointement par Libreville et Malabo, la CIJ devait principalement déterminer la validité et la portée juridique des différents instruments invoqués par les deux parties.
Dans son arrêt rendu en mai 2025, la juridiction internationale a conclu que la convention de Bata ne constituait pas un titre juridique conférant la souveraineté sur les îles. Elle a retenu la validité du titre établi par l’accord franco-espagnol de 1900 et considéré que celui-ci avait été transmis à la Guinée équatoriale au moment de son accession à l’indépendance.