La tension est montée d’un cran dans la ville de Nanyuki, au centre du Kenya, où deux personnes ont perdu la vie lors de manifestations liées à un projet soutenu par les États-Unis visant à installer un centre d’isolement pour les patients atteints du virus Ebola sur une base militaire de la région.
Kenya : deux morts lors de manifestations contre un centre Ebola américain
Selon plusieurs sources locales, l’une des victimes a succombé après avoir été transportée à l’hôpital par des proches. La seconde est arrivée sans vie dans le même établissement, accompagnée de militaires. Les circonstances exactes de ces décès restent à déterminer et les autorités n’ont pas encore fourni d’explications détaillées.
Lundi, plusieurs centaines de manifestants ont défilé dans les rues de Nanyuki pour dénoncer la création de cette infrastructure sanitaire. Des routes ont été bloquées et des pneus incendiés, tandis que les forces de l’ordre ont utilisé des gaz lacrymogènes pour disperser la foule.
L’une des victimes a été identifiée par sa famille comme étant Charles Mang’aro Mwangi, âgé de 27 ans. Selon ses proches, le jeune homme ne participait pas aux manifestations au moment des faits. Sa mère affirme qu’il rentrait simplement d’une visite chez un ami lorsqu’il a été atteint par balle.
« Il ne prenait pas part aux protestations et ne représentait aucune menace », a-t-elle déclaré, ajoutant que la famille n’avait reçu aucune information officielle sur les circonstances du drame.
Un projet sanitaire qui suscite l’inquiétude
Au cœur de la polémique se trouve un projet américain de centre de traitement Ebola de 50 lits, destiné principalement à accueillir des citoyens américains touchés par l’épidémie qui sévit actuellement en République démocratique du Congo.
Les autorités américaines justifient le choix du Kenya par sa position stratégique et ses infrastructures de transport, qui permettraient une prise en charge rapide des patients. Washington précise qu’aucun transfert de ressortissants américains n’est prévu dans l’immédiat.
Malgré ces assurances, de nombreux Kenyans redoutent les risques potentiels pour la santé publique. Le pays n’a enregistré aucun cas d’Ebola à ce jour, mais une partie de la population craint que l’accueil de patients infectés n’augmente le risque de propagation du virus.
La justice suspend le projet
Face à ces inquiétudes, une organisation de défense des droits a saisi la justice. La Haute Cour du Kenya a ordonné la suspension du projet la semaine dernière, estimant que des clarifications étaient nécessaires concernant son impact sur la santé publique.
Mardi, les juges ont prolongé cette suspension et demandé au gouvernement de communiquer davantage d’informations sur le futur centre médical.
William Ruto défend l’accord avec Washington
Le président kenyan, William Ruto, a pris publiquement la défense du projet. Il a expliqué que cette initiative résultait d’une coopération entre Nairobi et Washington et a assuré que toutes les mesures de sécurité nécessaires avaient été prévues pour protéger la population.
Le chef de l’État a également appelé les responsables politiques à éviter toute instrumentalisation du dossier, estimant que la lutte contre Ebola devait être abordée avec responsabilité et prudence.
Malgré la décision de justice, plusieurs observateurs rapportent que des préparatifs se poursuivent autour de la base aérienne de Laikipia, où le centre doit être implanté. Le projet continue par ailleurs de faire face à l’opposition du syndicat des médecins kenyans et de plusieurs organismes de surveillance publique, qui réclament davantage de garanties avant toute mise en œuvre.