La capacité des militaires au pouvoir au Mali à contenir la recrudescence des attaques terroristes est mise à rude épreuve depuis 48 heures.
Mali : quelles seront les conséquences de la crise sécuritaire sur le Sahel ?
Alors que le pays subissait déjà des attaques régulières dans le centre et le nord, les incursions coordonnées de groupes armés au cœur de Bamako et dans la ville de Kati marquent un tournant inquiétant. Ces événements surviennent alors que la junte avait promis de rétablir la sécurité après son arrivée au pouvoir.
Alioune Tine, fondateur de l’ONG Afrikajom Center, souligne l’incapacité croissante des autorités militaires à endiguer la menace.
« De plus en plus, la junte militaire ne parvient pas à contenir, si l’on peut dire, les attaques djihadistes qui se multiplient un peu partout, surtout dans le nord ; c’est donc un échec. Si un coup d’État militaire a été mené, c’était pour dire : écoutez, nous, les militaires, sommes les meilleurs, les plus aptes à assurer la sécurité du pays. »
Une coordination inédite des groupes armés
Après près de deux jours de combats acharnés, les groupes JNIM et Front de libération de l’Azawad (FLA) revendiquent des bastions importants dans le nord et le centre du Mali. Pour la première fois, ces groupes ont coordonné leurs attaques, ce qui constitue, selon Alioune Tine, un revers majeur pour l’armée malienne
« C’est un nouveau tournant et, en même temps, une nouvelle phase d’insécurité extrêmement préoccupante de mon point de vue, et qui ne concerne pas seulement le Mali. Si les gens pensent que c’est uniquement le Mali, non. Si le Mali tombe, c’est tout le Sahel qui va suivre, avec des répercussions incalculables. »
L’analyste redoute une prolifération sans précédent de la menace terroriste dans les pays voisins, notamment ceux membres de l’Alliance des États du Sahel, déjà fragilisés par l’instabilité régionale. Il appelle les juntes militaires d’Afrique de l’Ouest à reconnaître leurs limites en matière de sécurité
« Je pense que, comme l’armée vient de dire que les choses sont sous contrôle, on peut espérer qu’Assimi Goïta est sain et sauf et qu’il continue à gérer la situation. Mais la leçon à tirer, notamment pour les juntes militaires en Afrique de l’Ouest, c’est qu’elles doivent avoir le courage d’admettre aujourd’hui les limites de leurs actions en matière de sécurité. »
Les combats se poursuivent à Bamako, Kati, Kidal, Gao et Mopti, sans communication officielle des autorités maliennes sur l’évolution de la situation. Une chose est certaine : la crise sécuritaire s’aggrave, et les promesses de stabilité de la junte sont plus que jamais remises en question.