Africanews fête ses 10 ans

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Ce 20 avril 2026, nous célébrons une décennie d'information, d'engagement et de voix africaines avec Africanews, la chaîne panafricaine qui, depuis 10 ans, raconte l’Afrique au monde et donne la parole à un continent en pleine transformation. 

Nathalie Wakam est chef d'édition d'Africanews parmi les pionniers de la chaîne depuis les lancements à Pointe-Noire au Congo jusqu'à Lyon en France. Elle répond aux questions de la rédaction.

Comme on vient de le voir... Vous avez participé au lancement de la télévision aux côtés de Michael Peters... Quel chemin parcouru ?

« Je crois qu’en dix ans, Africanews a progressivement trouvé sa place dans le paysage médiatique africain.

Aujourd’hui, c’est un média qu’on consulte pour suivre l’actualité du continent, avec une couverture en continu, en français et en anglais.

Il s’appui beaucoup sur ses correspondants sur place, ce qui permet de couvrir des réalités très différentes selon les pays et les contextes locaux. Et ils sont d une importance capitale pour la véracité de l'info de nos jours a cause de la plaie que constitue les fakes news. 

Africanews a aussi connu des changements dans son organisation, notamment une relocalisation en France, liée à des contraintes économiques et à l’évolution de son modèle.

Après, le bilan reste globalement positif, mais avec plusieurs défis importants : les moyens disponibles, la concurrence très forte des réseaux sociaux, et la difficulté de couvrir de manière équilibrée un continent aussi vaste et divers ».

Dans un paysage médiatique africain et international multiforme comment tirer son épingle du jeu ?

Africanews joue surtout un rôle de relais de l’information africaine.

« Il rend l’actualité du continent plus visible et plus accessible, aussi bien en Afrique qu’à l’international.

C’est un média qui permet de suivre ce qui se passe selon les pays et les zones du continent, et de faire circuler l’information assez rapidement.

Donc sa place, elle est là : dans la diffusion et la mise en lumière de l’actualité africaine, dans un flux d’information devenu totalement global ».

Vous évoquiez également les réseaux sociaux tout à l'heure. Un besoin nécessaire de se réinventer. ?

« Aujourd’hui, Africanews est forcément présent sur les réseaux sociaux, parce que c’est là que circule une grande partie de l’information.

Mais l’enjeu, ce n’est pas seulement d’y publier des contenus : c’est surtout d’adapter les formats et les rythmes de production à ces plateformes, aujourd’hui mettre en place une stratégie numérique est vitale. On a par exemple une émission de débat essentiellement faite en ligne. 

Donc un contexte où l’information va très vite, parfois en continu, le défi, c’est de rester solide sur la vérification et de ne pas céder à la logique de l’instantané.

Et ça oblige aussi les médias à être plus réactifs, tout en gardant leur rôle essentiel : expliquer, remettre en contexte et hiérarchiser l’information ». 

Dans ce rôle de relais, quels grands changements politiques avez-vous observés ces dernières années ?

Ce qui frappe surtout, c’est que ça dépend énormément des pays.

« Il n’y a pas une seule tendance en fait. Dans certains endroits, les choses restent plutôt stables, et dans d’autres, on voit des périodes de transition, de tensions ou de changements politiques assez rapides.

Donc on est vraiment sur des réalités très différentes selon les contextes ...».

Ces dix dernières années, l’Afrique a connu une situation politique assez contrastée. Le continent a été marqué par des coups d’État, la montée du terrorisme au Sahel, des tensions électorales et des conflits internes - mais aussi quelques avancées démocratiques.

Entre stabilité institutionnelle dans certains États, tensions politiques dans d’autres, et recomposition des équilibres internationaux, le continent affiche des trajectoires contrastées.

Dans des pays comme le Sénégal, le Ghana ou le Botswana, les institutions démocratiques se sont maintenues, avec dans certains cas des alternances politiques régulières.

Ailleurs, des tensions persistent autour des cadres constitutionnels et du jeu politique, notamment au Zimbabwe, en Côte d’Ivoire ou au Cameroun.

En Afrique du Nord, la situation reste marquée par les suites du printemps arabe, dont les acquis apparaissent aujourd’hui plus contrastés selon les pays. En Egypte, la transition a laissé place à un régime présidentiel fort. En Tunisie, le processus démocratique a connu des avancées puis des reculs récents. En Algérie, le mouvement du Hirak en 2019 a exprimé une forte demande de changement, sans transformation institutionnelle majeure.

Sur le plan international, les partenariats se diversifient, avec une présence accrue de nouveaux acteurs comme la Russie ou certains pays du Golfe.

En parallèle, les relations entre citoyens et institutions évoluent, portées par le numérique et un accès plus large à l’information, ce qui renforce les attentes en matière de gouvernance.

Enfin, de nouvelles formes d’engagement émergent chez les jeunes, souvent en dehors des partis traditionnels, comme le mouvement Y’en a marre au Sénégal ou les mobilisations du #EndSARS au Nigeria.

Ces évolutions continuent de redessiner les équilibres, entre stabilité politique, pressions sociales et influences extérieures.

Les experts situent la croissance économique en Afrique autour de 3 à 4 % pour ces dernières années. Une dynamique globalement positive - malgré les crises, mais avec de fortes disparités entre les pays.

L’Afrique a connu une accélération de ses transformations économiques et numériques au cours de la dernière décennie.

Selon le Fonds monétaire international et la Banque africaine de développement, la croissance s’est maintenue autour de 3 à 4 %, malgré les crises. Une progression réelle, mais fragile et très inégale selon les pays.

Cette évolution est portée par une forte croissance démographique et une urbanisation rapide, avec une jeunesse de plus en plus connectée.

Dans ce contexte, les usages du numérique se sont largement développés, notamment via le mobile, devenu central pour les échanges et les services.

L’un des secteurs les plus dynamiques est celui des fintechs. Des entreprises comme Flutterwave ou Paystack, au Nigeria, ont attiré des investissements internationaux. En Afrique de l’Est, le Kenya s’impose comme un hub des services financiers numériques.

Parallèlement, les industries culturelles, notamment la musique, bénéficient de la diffusion numérique et gagnent en visibilité à l’international.

Sur le plan du développement, les défis restent importants, notamment le financement des infrastructures comme l’énergie ou les transports. Le poids de la dette reste une contrainte pour de nombreux États.

Enfin, l’intégration économique progresse, mais reste incomplète, malgré des initiatives comme la zone de libre-échange africaine.

L'Afrique vient de connaître 10 dix ans de défis sécuritaires - la montée inquiétante de l’insécurité, marquée par des conflits et répressions a fragilisé la stabilité des pays et impacté la vie de millions de personnes sur le continent.

Au cours de la dernière décennie, le contexte sécuritaire en Afrique s'est considérablement détérioré. La violence politique a presque doublé, alimentée par les guerres civiles, les attentats djihadistes, les conflits locaux et la répression exercée par les gouvernements, qui ont rendu la vie plus dangereuse pour des millions de personnes.

L'indice Ibrahim de gouvernance en Afrique fait état d'une détérioration de la sécurité dans de nombreux pays, notamment au Burkina Faso, au Mali, en Éthiopie, en République démocratique du Congo, au Soudan, au Niger et au Nigeria. L'un des changements majeurs a été l'émergence du Sahel en tant que nouveau foyer mondial du terrorisme, le Burkina Faso, le Mali et le Niger représentant une part importante des décès liés au terrorisme à l'échelle mondiale.

La violence, qui a débuté avec les soulèvements locaux au Mali et l’insurrection de Boko Haram au Nigeria, s’est étendue à une vaste zone d’activité djihadiste, communautaire et criminelle s’étendant de l’océan Atlantique à la mer Rouge, et progressant vers le sud en direction d’États côtiers tels que le Bénin, le Togo et la Côte d’Ivoire.

En Afrique de l'Est, Al-Shabaab reste actif en Somalie et poursuit ses attaques au Kenya. L'est de la RDC et le nord du Mozambique restent également des zones de crise majeures. Parallèlement, les coups d'État militaires au Mali, en Guinée, au Soudan, au Burkina Faso, au Niger et au Gabon n'ont pas réussi à instaurer la sécurité promise.

Le crime organisé, notamment les enlèvements, le vol de bétail, les raids sur les villages et la piraterie, a aggravé l'instabilité. Ces conflits ont entraîné des déplacements massifs de population et causé d'immenses souffrances, en particulier au Soudan, en Éthiopie, dans le centre du Sahel et dans l'est de la RDC.

Pourtant, certains pays, notamment le Ghana, le Sénégal, le Botswana et Maurice, sont restés relativement stables, ce qui souligne l'importance de disposer d'institutions et d'une gouvernance plus solides.

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