La majeure partie de l’économie africaine fonctionne dans l’ombre — du moins sur le papier. On estime que 85 % des travailleurs évoluent dans le secteur informel, menant leurs activités en dehors des systèmes officiels, souvent à travers des transactions en espèces fondées sur la confiance.
L'économie informelle comme prochaine voie d'investissement ? [Business Africa]
Pour les investisseurs internationaux, ce manque de données formelles a longtemps été perçu comme un facteur de risque. Pourtant, derrière cette perception se cache une autre réalité : un moteur économique vaste, résilient et dynamique. La question n’est plus de savoir si l’économie informelle africaine est importante, mais si elle peut être transformée en un véritable terrain d’investissement viable.
Pour comprendre comment cette transformation est déjà en cours, nous nous sommes entretenus avec Richard Okello, cofondateur et associé chez Sango Capital, une société qui déploie jusqu’à 1 milliard de dollars pour combler l’écart entre les marchés informels et les capitaux institutionnels.
La stratégie de Sango Capital consiste à transformer ce que beaucoup appellent "l’économie de la poignée de main" en opportunités d’investissement structurées. En identifiant des entreprises informelles performantes et en les intégrant dans des chaînes de valeur formelles, la société cherche à réduire le risque perçu tout en générant des rendements évolutifs.
Un défi majeur demeure : comment reproduire ce modèle à l’échelle du continent ? S’agit-il de renforcer les infrastructures numériques pour mieux capter les données et les transactions ? Ou les gouvernements devraient-ils privilégier des réformes réglementaires reconnaissant les acteurs informels comme des agents économiques légitimes, capables d’accéder au crédit et à l’investissement ?
Dans un contexte d’incertitude mondiale, accentué par des tensions géopolitiques telles que celles entre l’Iran et Israël, la base de consommateurs informels en Afrique pourrait offrir un avantage inattendu. Moins exposées aux marchés financiers volatils, ces économies fondées sur les paiements en espèces font souvent preuve de résilience, devenant ainsi une couverture de plus en plus attractive pour les investisseurs, notamment ceux du Golfe.
Le secteur immobilier kenyan confronté à un déficit d’offre
Ailleurs sur le continent, le secteur immobilier au Kenya connaît une expansion régulière, avec une croissance estimée à 5,7 %. Pourtant, malgré ces progrès, le marché reste largement insuffisant face à la demande.
Le gouvernement a fixé des objectifs ambitieux pour fournir davantage de logements abordables d’ici 2026, afin de répondre à une population urbaine croissante et à un déficit de logements. Cependant, les promoteurs privés font face à une concurrence accrue, à mesure que de nouveaux acteurs et des initiatives soutenues par l’État redéfinissent le paysage.
La hausse des coûts de construction, l’accès au financement et la disponibilité des terrains demeurent des défis majeurs, alors même que la demande de logements abordables continue d’augmenter. Pour de nombreux Kényans, l’accession à la propriété reste hors de portée, soulignant le besoin urgent de modèles de financement innovants et de partenariats public-privé.
Le modèle de marché pour les jeunes au Burundi gagne du terrain
Au Burundi, une autre forme de transformation économique est en cours, portée par l’entrepreneuriat des jeunes.
Au marché de Kigega, à Bujumbura, près de 90 entreprises dirigées par des jeunes ont trouvé une plateforme pour développer leurs activités. Le concept est simple mais efficace : le marché prend en charge les ventes et la distribution, permettant aux jeunes créateurs de se concentrer entièrement sur la production.
Soutenue par le gouvernement, cette initiative montre déjà des résultats concrets. En seulement un mois, plus de 20 000 dollars ont été versés aux entrepreneurs participants, un apport significatif dans un pays où l’accès aux marchés constitue souvent un obstacle majeur.
Au-delà des chiffres, Kigega incarne une évolution plus large vers un soutien structuré aux entreprises informelles et de petite taille. En réduisant les frictions entre production et accès au marché, ce modèle offre un cadre prometteur pour autonomiser la prochaine génération d’entrepreneurs africains.