Côte d’Ivoire : la crise du cacao fragilise des milliers de producteurs

Des cabosses de cacao pendent à un arbre à Divo, dans le centre-ouest de la Côte d'Ivoire, le 19 novembre 2023.   -  
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Sophie Garcia - Copyright 2024 The Associated Press. All rights reserved

Dans le village de Kouamé-Kouassikro, près de Bouaflé, des sacs de cacao séché restent empilés dans les maisons et les entrepôts. Faute d’acheteurs ou de paiement effectif, les producteurs conservent pour seule garantie des reçus attestant de la livraison de leur récolte. Plusieurs mois après la pesée des fèves, certains attendent toujours d’être rémunérés.

« Ils pèsent le cacao depuis novembre. À ce jour, je n’ai toujours pas reçu l’argent et j’ai encore du cacao séché chez moi. Je ne trouve personne pour l’acheter. À l’heure actuelle, je n’ai pas d’argent pour travailler dans les champs », déplore Simplice Konan Konan, cultivateur dans la région.

Cette situation illustre les turbulences qui secouent la filière dans toute l’Afrique de l’Ouest. Des centaines de milliers d’agriculteurs dépendent du cacao pour leur subsistance, et en Côte d’Ivoire, premier producteur mondial, l’exportation des fèves représente environ 40 % des recettes extérieures du pays. Or la campagne 2025-2026, ouverte en octobre, s’annonce particulièrement difficile.

Après avoir atteint en 2024 un sommet historique de plus de 12 000 dollars la tonne sur les marchés internationaux, le prix du cacao s’est brutalement effondré autour de 4 000 dollars, sous l’effet d’une offre redevenue abondante et d’une demande moins dynamique. Cette chute a pris de court les acteurs du secteur. Les négociants internationaux ont hésité à acheter des fèves à des prix fixés plus tôt par les autorités ivoiriennes et ghanéennes, de peur d’enregistrer des pertes.

Dans ces deux pays, le système de commercialisation repose sur un prix garanti annoncé au début de chaque saison. Les fèves sont majoritairement vendues par l’intermédiaire d’organismes agréés par l’État, censés protéger les producteurs des fluctuations des marchés mondiaux. Fin 2024, le président ivoirien Alassane Ouattara avait fixé le prix bord champ à 2 800 francs CFA le kilogramme pour la récolte principale, un niveau salué par de nombreux agriculteurs comme un rare moment de stabilité.

Mais l’effondrement des cours a rapidement remis en cause cet équilibre. Face aux stocks qui s’accumulent et à la frilosité des acheteurs, Abidjan a décidé cette semaine de réduire de plus de moitié le prix payé aux producteurs pour 2026, désormais fixé à 1 200 francs CFA par kilogramme.

Le gouvernement assure toutefois vouloir maintenir une rémunération équitable. « L’engagement du chef de l’État est de payer aux producteurs au moins 60 % du prix international, et cet engagement sera respecté », affirme le porte-parole du gouvernement, Amadou Coulibaly, qui évoque un prix « rémunérateur ».

Sur le terrain, les producteurs peinent à partager cet optimisme. Avec la hausse des coûts de production (main-d’œuvre, engrais ou entretien des plantations) beaucoup estiment que leur marge devient trop faible pour faire vivre leur famille.

« Nous sommes même tentés d’abandonner la culture du cacao pour planter du manioc ou des noix de cajou », confie Célestin Kouassi Kouadio, chef du village de Kouamé-Kouassikro. « Comme nous ne gagnons rien avec le café et le cacao, il vaut mieux faire autre chose. »

Certains agriculteurs envisagent des solutions plus radicales. Selon les organisations professionnelles, des parcelles sont parfois louées à des exploitants d’or clandestins ou à des extracteurs de sable, dont l’activité alimente le secteur de la construction mais rend les terres infertiles.

La crise illustre les fragilités structurelles du commerce du cacao. Beaucoup de producteurs estiment avoir été exclus des bénéfices de la flambée des prix en 2024, avant de subir de plein fouet l’effondrement qui a suivi. Les gouvernements ouest-africains cherchent désormais à ajuster leurs mécanismes de régulation. Le Ghana a ainsi réduit en janvier de 28 % son prix garanti pour rendre ses fèves plus compétitives sur le marché.

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