Condamné en première instance à quatorze ans de réclusion criminelle pour complicité de génocide et crimes contre l’humanité, Claude Muhayimana comparaît de nouveau devant la justice française. Le procès en appel de ce Franco-Rwandais de 65 ans s’est ouvert mardi 3 février 2026 devant la cour d’assises de Paris, pour quatre semaines d’audience, jusqu’au 27 février. Il encourt cette fois la réclusion criminelle à perpétuité.
Génocide au Rwanda : le procès en appel de Muhayimana devant la cour de Paris
Ancien chauffeur d’une maison d’hôtes à Kibuye, dans l’ouest du Rwanda, Claude Muhayimana avait été jugé et condamné en décembre 2021 pour avoir volontairement transporté des gendarmes et des miliciens Interahamwe (bras armé du régime génocidaire hutu) vers plusieurs lieux de massacres en 1994, notamment une église, un stade, une école, ainsi que sur les collines de Karongi, Gitwa et Bisesero. Des dizaines de milliers de Tutsis y ont été massacrés entre avril et juin 1994. Il avait en revanche été relaxé pour d’autres faits.
Claude Muhayimana avait été présenté par son avocat comme un « homme ordinaire ». Une qualification que l’accusation avait vivement contestée, le décrivant comme « un acteur du génocide » et un « rouage indispensable » de la machine meurtrière. À l’audience de première instance, plusieurs témoins avaient affirmé l’avoir vu transporter des miliciens armés de machettes, chantant des slogans appelant à l’extermination des Tutsis.
L’accusé, qui conteste les faits, soutient qu’il n’était pas présent à Kibuye au moment de certains massacres. Sa défense a également plaidé la contrainte, avançant que son épouse de l’époque était tutsie et qu’il aurait été forcé de coopérer pour lui sauver la vie. Un argument rejeté par la cour d’assises, qui n’avait pas retenu l’état de contrainte.
Mardi matin, pour l’ouverture du procès en appel, Claude Muhayimana est entré dans une salle d’audience à moitié vide, boitant, visiblement affaibli. Se disant malade et fatigué, il s’est assis calmement, relisant avec soin un ensemble de notes disposées devant lui. Si l’audience a débuté sans heurts, les échanges se sont rapidement tendus lorsque la cour a examiné ses déclarations.
La présidente a relevé plusieurs incohérences dans son récit, notamment au sujet de tortures et d’une détention qu’il affirme avoir subies après les faits. D’autres contradictions ont été pointées concernant les dates et les conditions de son départ du Rwanda après le génocide.
Claude Muhayimana a mis en cause les traducteurs judiciaires, affirmant que ces derniers « ont écrit n’importe quoi dans le dossier », et évoquant une grande confusion : « Dans ma tête, tout est mélangé, je suis complètement déstabilisé. »
Pour le Collectif des parties civiles pour le Rwanda, son récit ne constitue qu’« un tissu de mensonges ». Sur le banc des parties civiles, le verdict de 2021 avait suscité un soulagement. « Il n’était peut-être qu’un maillon, mais chaque maillon, chaque individu, a joué un rôle dans l’entreprise génocidaire », avait alors déclaré Matthieu Quinquis, avocat de la Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme.
La défense, désormais assurée par une nouvelle équipe, entend au contraire démontrer l’innocence de l’accusé. « Mon client n’a pas participé au génocide et a au contraire activement contribué à sauver des vies », soutient son avocat Réda Ghilaci, qui promet de recontextualiser les faits et de dresser le portrait d’un homme pris dans l’engrenage d’une violence extrême.