L'Éthiopie accuse l'Érythrée de "massacres" durant la guerre du Tigré

Le président érythréen Isaias Afwerki et le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed se tiennent la main tout en saluant la foule à Addis-Abeba, en Éthiopie, le 15 juillet 2018   -  
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L’Éthiopie a accusé mardi l’Érythrée d’avoir commis des "massacres de masse" durant la guerre du Tigré de 2020 à 2022, à une époque où les deux pays étaient alliés.

La guerre civile au Tigré a fait au moins 600 000 morts et l’accord de paix n’a jamais totalement apaisé les tensions. Des combats ont de nouveau éclaté la semaine dernière dans deux zones, entraînant la suspension des vols pendant cinq jours.

Des organisations de défense des droits humains ont documenté de nombreux crimes de guerre et crimes contre l’humanité commis pendant le conflit, notamment l’usage systématique du viol. Les relations entre l’Éthiopie et l’Érythrée se sont détériorées depuis qu’elles ont combattu ensemble contre les rebelles tigréens durant la guerre.

Le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed a déclaré devant les parlementaires que l’Érythrée avait "perpétré des massacres de masse" dans la ville tigréenne d’Axoum et ailleurs.

"Lorsque nous sommes entrés à Adoua, ils ont pillé des usines et démonté leurs pièces, et le conflit s’est intensifié. À Adigrat… ils ont détruit des produits pharmaceutiques et pillé", a-t-il ajouté, en référence à d’autres villes de la région.

Il s’agirait de la première fois qu’Abiy formule de telles accusations contre l’Érythrée. Le ministre érythréen de l’Information, Yemane Gebremeskel, a qualifié ces accusations de "mensonges mesquins et méprisables".

Abiy "ainsi que le haut commandement militaire le couvraient d’éloges et de décorations officielles l’armée érythréenne et ses officiers supérieurs jusqu’à hier — pendant la guerre et bien après sa fin", a-t-il déclaré à l’AFP.

Le président érythréen Isaias Afwerki, au pouvoir depuis 1993, a rejeté à plusieurs reprises les accusations de violations des droits humains au Tigré, les qualifiant de "désinformation" dans un discours prononcé en février 2023.

Détérioration

L’accord de paix qui a mis fin à la guerre civile du Tigré, connu sous le nom d’Accord de Pretoria, n’a jamais été pleinement appliqué. Des combats ont repris la semaine dernière dans une zone disputée de l’ouest du Tigré appelée Tselemt, ainsi que dans la région de l’Afar, à l’est du Tigré.

Les vols vers la région ont été suspendus de jeudi à mardi en raison des affrontements, bien que le gouvernement n’ait pas encore commenté ces combats. La communauté internationale craint que ces violences ne dégénèrent en conflit international entre l’Éthiopie et l’Érythrée.

L’Érythrée, l’un des pays les plus fermés au monde, a obtenu son indépendance en 1993 après des décennies de lutte armée contre l’Éthiopie. Les deux pays se sont ensuite affrontés lors d’une guerre frontalière de 1998 à 2000, qui a fait des dizaines de milliers de morts.

Abiy avait initialement cherché un rapprochement avec l’Érythrée à son arrivée au pouvoir, ce qui lui a valu le prix Nobel de la paix en 2019. Mais des divergences sont apparues au sujet de l’accord de paix du Tigré, et l’Érythrée accuse l’Éthiopie de vouloir s’emparer de son port d’Assab dans le cadre des efforts du pays enclavé pour obtenir un accès à la mer.

Le mois dernier, Afwerki a affirmé que le parti au pouvoir en Éthiopie avait "déclaré la guerre". De son côté, le gouvernement éthiopien accuse l’Érythrée de se rapprocher des autorités tigréennes qu’elle combattait auparavant.

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