RDC : la famille Lumumba espère enfin obtenir justice en Belgique

Patrice Lumumba prend la parole lors de la réunion du Sénat qui l'oppose à Justin Bomboko à Léopoldville, en RDC, le 10 septembre 1960   -  
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Babout/1960 AP

La famille de Patrice Lumumba, figure emblématique de l’indépendance congolaise assassiné, a déclaré mardi espérer obtenir justice, alors qu’un tribunal belge examine la possibilité de poursuivre le seul suspect encore en vie dans le meurtre de 1961.

Les proches de Lumumba réclament depuis 15 ans ce qu’ils considèrent comme une reconnaissance judiciaire longtemps attendue de la complicité de responsables belges dans son assassinat.

"Nous ne pouvons pas remonter le temps… mais nous comptons sur la justice belge pour faire son travail et faire la lumière sur l’histoire", a déclaré Yema Lumumba, 33 ans, petite-fille de l’ancien Premier ministre congolais, à l’AFP devant un tribunal de Bruxelles, avant une audience à huis clos.

Environ 65 ans après l’exécution de Lumumba et la dissolution de son corps dans de l’acide par des séparatistes avec l’aide de mercenaires de l’ancienne puissance coloniale belge, un seul ancien responsable est encore en vie pour répondre de ses actes.

Il s’agit d’Étienne Davignon, aujourd’hui âgé de 93 ans, ancien commissaire européen, qui était à l’époque un jeune diplomate belge lors de l’assassinat de Lumumba. Il est accusé par le parquet fédéral belge d’implication dans la "détention et le transfert illégaux" de Lumumba, ainsi que dans des "traitements humiliants et dégradants".

Davignon a toujours nié l’implication des autorités belges dans le meurtre, et son avocat a refusé de commenter l’affaire auprès de l’AFP avant l’audience à huis clos de mardi.

"Il ne s’agit pas de vengeance, mais d’une soif de vérité", a déclaré Roland Lumumba, l’un des fils de Patrice, à l’AFP par téléphone depuis Kinshasa la semaine dernière. "Des millions de personnes aimeraient connaître la vérité."

"Crimes coloniaux majeurs"

L’assassinat de Lumumba — devenu Premier ministre lors de l’indépendance en 1960 — constitue l’un des nombreux chapitres sombres de l’histoire de l’implication belge dans ce qui est aujourd’hui la République démocratique du Congo.

Sa famille affirme qu’il y a eu une "vaste conspiration" impliquant des responsables belges pour éliminer le dirigeant congolais. "Refuser ce procès reviendrait à confirmer définitivement l’impunité des crimes coloniaux majeurs", a déclaré Christophe Marchand, avocat de la famille.

Le tribunal de Bruxelles devait entendre mardi les arguments de toutes les parties avant de décider s’il y a lieu d’organiser un procès. Les avocats de la famille Lumumba ont indiqué que l’audience permettait également de déposer de nouvelles plaintes civiles au nom d’une dizaine de petits-enfants de l’ancien dirigeant.

Six d’entre eux étaient présents au tribunal mardi, dont Yema Lumumba. "Nos parents vieillissent. Il est important pour nous de montrer que ce combat continue, que nous sommes là pour veiller à ce qu’il aille jusqu’au bout", a-t-elle déclaré.

Une décision est attendue dans les prochaines semaines. Me Marchand a indiqué espérer qu’un procès puisse alors se tenir début 2027.

"Responsabilité morale"

L’enquête belge sur d’éventuels "crimes de guerre" commis au Congo a déjà conduit à une découverte macabre : l’une des dents de Lumumba, seul vestige connu du leader assassiné. Cette dent avait été saisie chez la fille d’un ancien policier belge impliqué dans la disparition du corps. Elle a été restituée aux autorités de la RDC dans un cercueil lors d’une cérémonie officielle en 2022.

À cette occasion, le Premier ministre belge de l’époque, Alexander De Croo, a réitéré les "excuses" du gouvernement pour sa "responsabilité morale" dans la disparition de Lumumba. De Croo avait mis en cause des responsables belges qui, à l’époque, "ont choisi de ne pas voir" et "de ne pas agir".

Entré dans la diplomatie en 1959, Davignon a gravi les échelons après son implication précoce dans les négociations sur l’indépendance du Congo. Au début des années 1980, il a gagné en notoriété lorsqu’il a été nommé vice-président de la Commission européenne, chargé de l’industrie.

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