Le Royaume-Uni a conclu en mai 2025 un accord avec Maurice prévoyant la restitution de l’archipel des îles Chagos, tout en maintenant la base militaire stratégique américaine de Diego Garcia via un bail de 99 ans, moyennant une compensation financière annuelle. Cette décision met fin à un contentieux colonial et juridique de plusieurs décennies, mais suscite de vives controverses politiques et humaines.
Îles Chagos : ce qu'il faut savoir sur le litige géopolitique
Séparées de Maurice en 1965, trois ans avant l’indépendance de cette dernière, les îles Chagos ont été transformées en Territoire britannique de l’océan Indien. Entre 1968 et 1973, environ 2 000 habitants chagossiens ont été expulsés afin de permettre l’installation d’une base militaire américaine à Diego Garcia, devenue un pivot stratégique majeur pour les opérations américaines au Moyen-Orient, en Asie du Sud et en Afrique de l’Est. Cette base a joué un rôle clé durant la Guerre froide, puis lors des conflits en Afghanistan, en Irak et plus récemment dans les opérations contre les rebelles houthis au Yémen.
Depuis les années 1970, Maurice et les Chagossiens contestent la légalité de cette séparation et de l’expulsion. En 2019, la Cour internationale de justice et l’Assemblée générale de l’ONU ont jugé illégale l’administration britannique de l’archipel et exigé sa restitution. Sous pression juridique et diplomatique, Londres a finalement accepté de transférer la souveraineté à Maurice, tout en sécurisant l’usage militaire de Diego Garcia grâce à un bail de longue durée.
L’accord a toutefois déclenché de fortes critiques. Aux États-Unis, Donald Trump a qualifié ce transfert de "grande stupidité", estimant qu’il affaiblit la sécurité occidentale et pourrait profiter à la Chine et à la Russie, malgré le soutien initial de son administration à l’accord. Au Royaume-Uni, une partie de l’opposition conservatrice y voit un abandon de souveraineté stratégique.
Sur le plan humain, la situation des Chagossiens reste largement non résolue. Environ 10 000 personnes déplacées et leurs descendants vivent aujourd’hui au Royaume-Uni, à Maurice et aux Seychelles. Bien que l’accord prévoie un fonds de réinstallation et ouvre la possibilité d’un retour sur certaines îles — à l’exception de Diego Garcia — les modalités demeurent floues. De nombreuses organisations de défense des droits humains dénoncent une exclusion des Chagossiens des négociations et qualifient leur expulsion de crime colonial, laissant planer une incertitude persistante sur leur droit effectif au retour.