Lorsque la sœur aînée de Zawadi Kavira Musubao est décédée brutalement en août, sa famille a d’abord cherché des réponses en dehors du système de santé. Une clinique de médecine traditionnelle a affirmé qu’elle avait été victime d’un empoisonnement.
RDC : à Beni, la lutte contre Ebola se heurte encore à la méfiance et aux croyances
Quelques jours plus tard, alors qu’elle participait aux funérailles, Zawadi, 27 ans, est à son tour tombée malade. La même explication lui a été donnée : elle aurait également été empoisonnée.
Dans cette famille, la peur et les croyances ont alors pris le dessus. Un pasteur a évoqué la présence « d’esprits maléfiques » dans les toilettes de la maison, qu’il accusait d’être à l’origine de la maladie. Pour tenter de mettre fin au mal qui les frappait, les proches ont jeté des cendres chaudes dans les latrines. Mais le pasteur est décédé peu après.
La famille s’est ensuite tournée vers un guérisseur traditionnel, qui leur a préparé une potion. Pourtant, leur état de santé n’a cessé de se dégrader.
Cette histoire illustre les difficultés rencontrées par les équipes sanitaires dans l’est de la République démocratique du Congo, où l’épidémie d’Ebola est aggravée par la désinformation et la méfiance envers les autorités. Dans des communautés longtemps marginalisées, certains habitants hésitent encore à se rendre dans les centres de traitement, par crainte d’y perdre la vie.
Après la mort de sa sœur, puis celle de son père quelques jours plus tard, Zawadi et ses proches ont finalement accepté l’aide médicale grâce à l’intervention de son frère, Alphonse bin Kitobi Achou Taibo, chef traditionnel du village de Bapakombe-Bakondo, près de Beni.
« Au début, nous avons refusé. Nous lui avons dit que ceux qui y allaient n’en ressortaient jamais vivants », raconte Zawadi.
Elle a finalement survécu, mais a perdu quatre membres de sa famille, dont son propre fils. Plus d’une douzaine de ses proches ont été pris en charge au centre de traitement d’Ebola de Beni après l’intervention de son frère.
Depuis, Alphonse bin Kitobi Achou Taibo mène une campagne de sensibilisation auprès des habitants de son village. Il raconte avoir dû faire face à une forte résistance, certains habitants accusant même des familles d’être responsables de la maladie par sorcellerie, allant jusqu’à incendier certaines maisons.
« Cette idée, cette mentalité, était dominante », explique-t-il. Face à la méfiance, il tente de convaincre les habitants que les centres de traitement ne sont pas des lieux où l’on meurt systématiquement, mais aussi des endroits où des patients peuvent être guéris.
Cette mission reste difficile. Plusieurs centres de santé et des agents sanitaires ont été pris pour cible depuis le début de l’épidémie, compliquant davantage la riposte.
Selon les dernières données du ministère congolais de la Santé, plus de 9 800 cas, dont plus de 4 700 décès, ont été enregistrés depuis le début de l’épidémie en mai. Une crise sanitaire qui rappelle que, face à Ebola, la bataille se joue aussi sur le terrain de l’information et de la confiance.