L’Afrique veut reprendre la main sur l’évaluation de ses économies. Une nouvelle agence de notation, l’Africa Credit Ratings Agency, ou AfCRA, a officiellement été lancée mercredi à l’initiative du Mécanisme africain d’évaluation par les pairs, avec le soutien de l’Union africaine.
L’Afrique lance sa propre agence de notation financière
Basée à l’île Maurice, l’agence doit évaluer la solvabilité des États, des entreprises et des institutions africaines. Son objectif : proposer une analyse alternative à celles des trois grandes agences internationales, Fitch, Moody’s et S&P.
Ces dernières sont régulièrement accusées par des responsables africains de sous-estimer les économies du continent et de contribuer ainsi à renchérir le coût de leurs emprunts. Selon le Mécanisme africain d’évaluation par les pairs, 23 pays africains ne sont actuellement notés par aucune des grandes agences internationales. Les modèles utilisés peuvent également mal prendre en compte le poids important de l’économie informelle sur le continent.
Les conséquences sont concrètes. En 2024, les pays africains ont payé en moyenne près de 9 dollars d’intérêts pour chaque tranche de 100 dollars empruntés sur les marchés internationaux, contre environ 4,70 dollars pour les économies émergentes d’Asie et 6,50 dollars en Amérique latine, selon l’OCDE. Mais la nouvelle agence devra rapidement faire ses preuves. Les investisseurs surveilleront notamment son indépendance vis-à-vis des gouvernements africains.
Car pour être reconnue sur les marchés, l’AfCRA devra démontrer que ses évaluations sont crédibles et précises, même lorsqu’elles sont défavorables à un État africain. Pour ses promoteurs, l’objectif n’est donc pas d’obtenir de meilleures notes, mais des évaluations jugées plus représentatives des réalités économiques du continent.