Cemac : le trafic de médicaments constitue une menace majeure pour la santé publique

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Les pays d’Afrique centrale sont confrontés à une menace majeure pour la santé publique liée au trafic de médicaments, alimentée par un décalage entre les besoins en matière de soins de santé et l’accès à des médicaments sûrs et abordables, a averti mardi l’ONU.

Les six pays de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC) présentent une forte prévalence de maladies infectieuses telles que la tuberculose, le paludisme et le VIH. Mais les traitements et les médicaments sûrs ne sont pas toujours facilement accessibles, ou sont trop chers, ce qui « alimente le développement d’un marché illicite des produits médicaux », a averti un nouveau rapport de l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC), de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et de la CEMAC.

Les trafiquants détournent des médicaments sur ordonnance des chaînes d’approvisionnement réglementées et des stocks des programmes nationaux de santé. Ils écoulent également des médicaments contrefaits, de qualité inférieure ou n’ayant pas été officiellement approuvés. Il s’agit notamment d’antibiotiques, d’antipaludiques, d’analgésiques, d’anti-inflammatoires et de substances psychoactives telles que le tramadol et la prégabaline. Au moins 251 tonnes de médicaments ont été saisies au Cameroun, en République centrafricaine (RCA), au Tchad, en République du Congo, en Guinée équatoriale et au Gabon entre 2020 et 2025, indique le rapport.

Décès évitables

Ce trafic « constitue une menace majeure pour la santé publique », entraînant « des échecs thérapeutiques, des intoxications et des décès évitables », a déclaré l’ONUDC. Il arrive parfois que ces médicaments illicites se retrouvent dans des établissements de santé officiels, généralement perçus comme sûrs par les patients, a-t-il ajouté. « Pour donner une idée de l’ampleur du phénomène en Afrique subsaharienne, l’OMS a estimé en 2017 que les antipaludiques falsifiés ou de qualité inférieure pourraient être associés à entre 72 000 et 267 000 décès chaque année, et que les antibiotiques de mauvaise qualité utilisés pour traiter la pneumonie infantile pourraient être liés à jusqu’à 169 271 décès par an », a-t-il précisé. La plupart des médicaments faisant l’objet d’un trafic entrent dans la région par ses ports maritimes et fluviaux, ou sont introduits clandestinement par voie aérienne dans des cargaisons ou dans les bagages des passagers, avant d’être distribués vers l’arrière-pays le long des principales routes commerciales. L’ONUDC a déclaré que ce commerce illicite « alimente la criminalité organisée et affaiblit les institutions publiques » et encourage la consommation récréative de substances psychoactives créant une dépendance.

En RCA, les groupes armés s’enrichissent en pillant les centres de santé et en prélevant des « taxes » sur les livraisons de produits transitant par les zones sous leur contrôle, indique le rapport. Et à la fin du mois dernier, les douaniers gabonais ont saisi 17 000 comprimés de tramadol, qu’ils ont attribués à des trafiquants de stupéfiants transfrontaliers venus du Cameroun voisin.

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