À Nairobi comme dans d’autres régions du pays, les consommateurs réduisent leurs dépenses face à l’envolée du prix de la farine, du maïs et des légumes.
Kenya : le dérèglement climatique fait grimper le prix des denrées alimentaires
Jackline Aywa, mère de trois enfants, dit repartir des marchés avec beaucoup moins de produits qu’auparavant. « Le coût de la nourriture a vraiment augmenté. Tout est devenu très cher », témoigne-t-elle.
Pour de nombreuses familles, cette inflation impose des arbitrages drastiques. Parfois il faut renoncer à acheter certains aliments et réduire le nombre de repas quotidiens. « Si vous prenez du thé noir le matin, cela suffit. Vous sautez le déjeuner et vous rentrez dîner. C’est tout », explique Jackline Aywa.
La crise affecte également les vendeurs, confrontés à une baisse de leurs revenus et à l’augmentation des coûts de transport. « Nous persévérons et, si nous gagnons un peu d’argent, nous en sommes reconnaissants, mais les temps sont vraiment difficiles », témoigne un vendeur de produits alimentaires.
Au-delà des perturbations logistiques et du renchérissement du transport, les experts mettent en cause une vulnérabilité structurelle de l’agriculture kényane. « La majeure partie de notre agriculture dépend des pluies », souligne l’analyste du changement climatique Jackson Koimburi. Lorsque les précipitations se raréfient ou que les saisons deviennent imprévisibles, les rendements agricoles diminuent, avec des répercussions directes sur l’approvisionnement et les prix.
La sécheresse récente a déjà affecté certaines zones agricoles et réduit les pâturages, contribuant notamment à une pénurie de lait. L’arrivée annoncée de fortes pluies liées au phénomène El Niño fait désormais craindre un nouveau déséquilibre : si elles peuvent améliorer les réserves en eau, des précipitations excessives risquent aussi d’endommager les cultures et d’aggraver les pénuries.
Face à cette volatilité croissante, la sécurité alimentaire s’impose comme un enjeu majeur pour le Kenya. À l’approche des élections de l’année prochaine, la capacité des candidats à réduire la vulnérabilité du pays aux chocs climatiques et à contenir le coût des denrées pourrait devenir un sujet central pour les électeurs.