RDC : Kinshasa veut contrôler les données stratégiques de son sous-sol

Des personnes cherchent de l'or sur un site minier à Iga-Barrière, dans la province de l'Ituri, RDC, le 14 août 2026.   -  
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La République démocratique du Congo veut faire de ses données géologiques un nouvel instrument de souveraineté minière. Le pays accélère les relevés aéroportés, la cartographie de son territoire et la numérisation de ses archives afin de constituer une banque nationale de données, qui devrait être pleinement opérationnelle d’ici à la fin de 2026.

Un contrat de 180 millions de dollars a été lancé en janvier avec la société espagnole Xcalibur pour cartographier plus de 700 000 kilomètres carrés. D’autres programmes associent notamment le gouvernement congolais au BRGM français, au Council for Geoscience sud-africain et à plusieurs entreprises internationales.

L’enjeu est considérable : malgré ses immenses réserves de cuivre, cobalt, lithium, tantale et or, la RDC demeure largement sous-explorée. Le Service géologique national estime que l’exploration systématique ne couvre qu’environ 20 % du territoire. En 2024, les dépenses d’exploration ont atteint 130,7 millions de dollars, un record en Afrique.

Un accès contrôlé

Kinshasa entend conserver la maîtrise de sa future banque de données. Les informations géologiques de base seraient gratuites, tandis que les données jugées plus sensibles seraient accessibles contre paiement. Les recettes pourraient servir à financer de nouvelles campagnes de cartographie.

"Les données générées dans le cadre de ces programmes constituent un actif stratégique de l’État congolais", affirme Raoul Wazenga Vitima, directeur général du Service géologique national.

Cette politique tranche avec celle de pays miniers comme l’Australie, le Canada ou le Royaume-Uni, qui proposent largement leurs données géologiques en accès libre. Certains acteurs du secteur minier congolais défendent d’ailleurs une plus grande ouverture, estimant qu’elle favoriserait la concurrence, la recherche et l’investissement.

Pour Kinshasa, la maîtrise de l’information doit surtout permettre de mieux négocier avec les investisseurs et de diversifier les capitaux engagés dans l’exploration. Selon plusieurs responsables du secteur, celui qui détient les meilleures données peut aussi influencer les zones où seront dirigés les prochains investissements.

Un enjeu géopolitique

La stratégie intervient alors que la RDC se trouve au cœur de la compétition entre les États-Unis et la Chine pour l’accès aux minerais critiques. Kinshasa assure vouloir appliquer les mêmes règles à tous ses partenaires et ne favoriser aucun des deux camps.

Le pays dispose notamment d’environ six millions de tonnes de réserves de cobalt, soit plus de la moitié des réserves mondiales connues selon l’US Geological Survey. Son influence sur ce marché s’est déjà illustrée en 2025, avec une interdiction temporaire des exportations de cobalt puis l’instauration de quotas, qui ont contribué à réduire l’excédent mondial et à soutenir les prix.

Le contrôle des géodonnées constitue désormais une intervention plus en amont : il ne s’agit plus seulement de réguler l’exploitation ou les exportations, mais de maîtriser l’information permettant de déterminer où et comment les prochains gisements seront découverts et développés.

Pour les autorités congolaises, le pari est donc de transformer la connaissance du sous-sol en un actif économique et politique. Mais le succès du dispositif dépendra de la transparence de son fonctionnement et de l’équité avec laquelle l’État accordera l’accès aux données.

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