Kenya : les insectes au secours des sols agricoles

Des agriculteurs kenyans utilisent un engrais produit par des insectes, Kenya, août 2026.   -  
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Face à la dégradation des terres et à la hausse du coût des engrais chimiques, des agriculteurs kényans expérimentent des solutions naturelles à base de vers et d’insectes.

Ces techniques permettent de transformer les déchets organiques en fertilisants tout en améliorant progressivement la qualité des sols.

À Lari, à une cinquantaine de kilomètres de Nairobi, l’agriculteur George Muturi Kamau a choisi le vermicompostage. Il utilise des vers rouges pour décomposer des déchets alimentaires et agricoles mélangés à du fumier.

En six semaines environ, cette matière est transformée en un compost riche en nutriments. Son exploitation compte près de 70 installations contenant chacune plusieurs milliers de vers. George Muturi affirme que cette méthode lui permet désormais de produire du compost pour ses propres cultures, mais aussi pour d’autres agriculteurs.

Des sols de plus en plus dégradés

Le recours à ces méthodes intervient dans un contexte préoccupant pour l’agriculture est-africaine. Selon un rapport publié en 2025 par la Fondation Heinrich Böll, plus de 40 % des sols de la région sont dégradés, notamment en raison de pratiques agricoles intensives et de l’utilisation excessive d’engrais chimiques.

Cette détérioration entraînerait plus de 65 milliards de dollars de pertes de productivité chaque année. Au Kenya, 32 % des terres cultivées sont considérées comme fortement acides.

La hausse du prix des engrais chimiques pousse également les exploitants à rechercher des alternatives plus accessibles et durables.

Dans le comté de Nakuru, Robert Mwangi mise sur les larves de mouches soldats noires. Les déchets alimentaires récupérés sur les marchés sont broyés puis donnés aux larves.

Celles-ci les décomposent en une matière organique pouvant être utilisée comme fertilisant. Une fois arrivées à maturité, les larves sont également séchées pour devenir une source de protéines destinée à l’alimentation animale.

Le procédé permet ainsi de valoriser les déchets tout en produisant deux ressources utiles aux exploitations agricoles.

Pour Robert Mwangi, l’intérêt est également économique. Il estime que les engrais chimiques nécessitent des quantités croissantes pour maintenir les rendements, tandis que l’amélioration progressive de la fertilité des sols grâce aux matières organiques peut réduire les besoins en intrants.

L’abandon des engrais chimiques ne peut toutefois pas se faire du jour au lendemain. L’agroécologue Harun Warui recommande une réduction progressive des fertilisants synthétiques afin de permettre aux sols de retrouver leur équilibre.

Le compost organique contribue notamment à améliorer la structure des sols, leur teneur en matière organique et leur capacité à retenir l’eau. Mais son utilisation à grande échelle reste un défi, car d’importantes quantités sont nécessaires pour répondre aux besoins des exploitations.

Malgré ces contraintes, la demande progresse. George Muturi transforme déjà environ 40 tonnes de déchets alimentaires chaque mois et vend une partie de son compost à d’autres agriculteurs.

Avec l’intérêt croissant pour l’agriculture biologique et la nécessité de réduire les coûts de production, vers rouges et mouches soldats noires trouvent progressivement leur place dans les exploitations kényanes, offrant une nouvelle manière de restaurer les sols tout en recyclant les déchets.

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