Crise migratoire à Ceuta : les 27 réaffirment leur soutien à l’Espagne et défendent Schengen

Le ministre français de l'Intérieur, Laurent Nuñez, participe à la réunion des ministres de l'Intérieur de l'UE, à Paris, le 4 août 2026   -  
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Les ministres de l’Intérieur des Vingt-Sept ont cherché, mardi, à afficher un front commun après la crise migratoire qui a secoué l’enclave espagnole de Ceuta, confrontée à l’arrivée soudaine de dizaines de milliers de migrants.

À l’issue d’une réunion informelle tenue en visioconférence, le ministre français de l’Intérieur, Laurent Nuñez, a assuré que ses homologues européens ont maintenu que l’espace Schengen n’était « pas le problème », mais « plutôt la solution ».

Cette position constitue une réponse directe aux critiques formulées ces derniers jours par plusieurs formations politiques de droite et d’extrême droite en Europe, qui ont mis en cause le principe de libre circulation et réclamé un durcissement des contrôles aux frontières intérieures de l’Union. La crise de Ceuta avait ravivé les tensions sur la politique migratoire européenne et exposé les divergences entre les États membres sur la manière de répondre aux arrivées massives de migrants.

Soutien unanime à Madrid

Selon Laurent Nuñez, l’Espagne a bénéficié du soutien unanime des États membres. « Tous les États membres, tous sans aucune exception, ont marqué leur solidarité avec l’Espagne », a déclaré le ministre français, précisant que ses homologues avaient également salué la gestion de la crise par le gouvernement de Pedro Sánchez et, en particulier, la coopération étroite établie avec les autorités marocaines.

Madrid avait été la cible de critiques particulièrement virulentes après l'épisode de Ceuta, certains gouvernements européens et plusieurs dirigeants politiques lui reprochant une approche jugée trop ouverte en matière d’immigration. Vingt-deux dirigeants européens, emmenés notamment par l’Italie, le Danemark, l’Allemagne et la Hongrie, avaient ainsi appelé, dans une lettre commune, à une ligne plus ferme sur la politique migratoire. La France ne s’était pas associée à cette initiative.

Les autorités espagnoles ont, de leur côté, insisté sur le caractère spécifique du statut de Ceuta. Laurent Nuñez a rappelé que l’enclave était soumise à des règles particulières au sein de l’espace Schengen et à des contrôles stricts. Selon lui, les États membres ont reconnu qu’aucune pénétration de migrants sur le continent européen n’avait eu lieu. Le ministre espagnol de l’Intérieur, Fernando Grande-Marlaska, avait également affirmé que Schengen n’avait « jamais été en danger », même de manière minimale.

Une crise meurtrière et un débat européen relancé

L’afflux de migrants, survenu jeudi et vendredi, avait pris une ampleur exceptionnelle : entre 50 000 et 60 000 personnes auraient tenté de rejoindre Ceuta, provoquant une crise humanitaire et relançant avec force le débat européen sur l’immigration. La plupart des migrants ont toutefois rapidement regagné le Maroc.

Le bilan humain de l’épisode demeure particulièrement lourd. Selon les autorités espagnoles et marocaines, plus de 80 personnes ont perdu la vie, certaines par noyade ou lors de mouvements de foule en tentant de franchir une digue. Les chiffres avancés dans les différentes communications officielles font état d’au moins 75 morts du côté espagnol et de 11 du côté marocain.

Pour la Commission européenne, cette crise a constitué une épreuve pour la capacité de réaction et la cohésion des Vingt-Sept. Le commissaire européen chargé des questions migratoires, Magnus Brunner, a estimé que la « résilience » de l’Union avait été mise à l’épreuve, notamment en matière de rapidité d’action, de solidarité entre États membres et de résistance à la désinformation. Selon lui, l’Europe a toutefois « réussi ce test ».

Paris dénonce des « ingérences informationnelles »

La réunion ministérielle a également été l’occasion de dénoncer ce que Laurent Nuñez a qualifié d’« ingérences informationnelles » de la part d’États étrangers. Le ministre français a indiqué que plusieurs pays européens avaient déploré l’utilisation d’images liées à la crise de Ceuta afin de critiquer la politique migratoire de l’Union et de tenter de diviser les États membres.

Selon Paris, les Vingt-Sept ont unanimement condamné ces tentatives de fragmentation politique. « Aucun État membre n’a intérêt à la division », a résumé Laurent Nuñez, estimant que les échanges de la réunion avaient, au contraire, envoyé des « messages de grande solidarité ».

La question migratoire reste néanmoins un sujet de profonde fracture au sein de l’Union. Les tensions opposent notamment les gouvernements favorables à un durcissement des politiques de contrôle et ceux qui défendent une approche davantage fondée sur la coopération avec les pays d’origine et de transit. La crise de Ceuta a ainsi ravivé une confrontation politique qui dépasse largement le seul cadre de l’enclave espagnole.

Renforcement des contrôles à la frontière franco-espagnole

La France a, parallèlement, renforcé ses dispositifs de contrôle à la frontière avec l’Espagne. Laurent Nuñez a indiqué que 334 policiers supplémentaires avaient été déployés immédiatement après l’afflux massif de migrants à Ceuta. À partir de mercredi, 186 agents supplémentaires de la force d’intervention rapide aux frontières doivent venir renforcer ce dispositif.

Le ministre français a également évoqué la situation migratoire dans la Manche. Selon les chiffres qu’il a avancés, environ 10 000 migrants ont traversé la Manche depuis la France vers le Royaume-Uni depuis le début de l’année, contre 24 000 sur la même période l’année précédente. Le nombre de traversées réussies serait, lui, passé de 413 à 160.

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