États-Unis - Iran : les experts redoutent une guerre hors de contrôle

Une femme passe devant une fresque représentant le portrait de l'ayatollah Ali Khamenei, à Téhéran, en Iran, le 29 juillet 2026.   -  
Copyright © africanews
Copyright 2026 The Associated Press. All rights reserved

La guerre entre l’Iran, les États-Unis et Israël a atteint un "moment critique", selon plusieurs analystes, qui redoutent une extension progressive du conflit à de nouveaux territoires et l’implication de nouveaux acteurs.

Après quelques jours de répit, les échanges de missiles et de drones ont repris jeudi, faisant resurgir le spectre d’une escalade régionale que les protagonistes pourraient de plus en plus difficilement maîtriser.

Pour Arman Mahmoudian, chercheur à l’Institut de sécurité mondiale et nationale de l’Université de Floride du Sud, le conflit ne relève déjà plus d’une logique d’escalade contrôlée. "La nature de la guerre actuelle, celle qui a débuté le 28 février entre l’Iran, les États-Unis et Israël, est mouvante, elle peut s’étendre et elle est incontrôlable", estime-t-il. Les événements des dernières semaines montrent, selon lui, que la situation est appelée à devenir "beaucoup plus complexe" et à échapper, par moments, au contrôle des parties prenantes.

L’expert juge particulièrement préoccupante la multiplication des fronts et des acteurs indirectement impliqués. Les derniers développements, estime-t-il, signalent que la guerre pourrait "s’élargir jour après jour". Il évoque notamment la possibilité de voir de nouveaux protagonistes entrer dans le conflit, sans y avoir été directement conviés, signe selon lui d’une dynamique d’extension qui dépasse désormais le face-à-face initial.

Cette évolution se manifeste déjà sur le terrain. La Jordanie a annoncé avoir intercepté des missiles iraniens pour la deuxième journée consécutive, tandis que le Koweït a fait état d’une frappe ayant tué une personne dans le nord du pays. L’Arabie saoudite a également affirmé avoir intercepté des drones lancés depuis l’Irak par des groupes armés soutenus par l’Iran, qui visaient des installations pétrolières.

Pour Ali Vaez, directeur du projet Iran à l’International Crisis Group, ces développements s’inscrivent dans une stratégie délibérée de Téhéran. L’objectif de l’Iran serait de convaincre les États-Unis qu’ils ne peuvent se contenter de représailles limitées, qui imposeraient un coût élevé à l’Iran tout en restant relativement supportables pour Washington.

"L’Iran veut leur faire comprendre qu’il peut déplacer le coût du conflit ailleurs et même élargir le champ des hostilités, tant par l’ampleur que par la portée des attaques", analyse Ali Vaez. Dans cette perspective, les frappes visant la Jordanie revêtent une importance particulière : il s’agit d’un pays que l’Iran n’avait pas attaqué auparavant.

L’analyste souligne également la pression croissante exercée sur les infrastructures et les voies d’acheminement de l’énergie. Des groupes alliés de l’Iran ont accentué leurs actions autour de la route maritime de Bab al-Mandab, tandis qu’une attaque récente en Égypte pourrait, si son origine était confirmée, constituer une nouvelle étape dans l’élargissement du conflit.

Mercredi, la société britannique de sécurité maritime Ambrey a rapporté que des frappes de drones avaient déclenché des incendies sur deux navires dans le port égyptien de Damiette. Les premières investigations menées par les autorités égyptiennes ont conclu à une attaque par drone. Aucun blessé n’a été signalé et l’identité des responsables demeure inconnue. Les rebelles houthis du Yémen ont démenti toute implication.

Pour les analystes, l’hypothèse d’une implication de l’Iran ou de ses alliés serait particulièrement significative. L’Égypte, alliée des États-Unis et acteur majeur de la médiation régionale, avait jusqu’à présent été largement épargnée par les opérations militaires directes liées au conflit. Une attaque confirmée sur son territoire marquerait donc une extension géographique majeure des hostilités.

La reprise des frappes intervient après une courte pause qui avait nourri les espoirs d’une avancée diplomatique. Ces espoirs semblent désormais s’éloigner, alors que les attaques de missiles et de drones se multiplient dans plusieurs pays du Moyen-Orient.

La durée du conflit constitue également une source d’inquiétude. Initialement, le président américain Donald Trump avait estimé que la guerre durerait quatre à cinq semaines, tout en prévenant qu’elle pourrait se prolonger. Cinq mois après son déclenchement, les perspectives d’une issue rapide paraissent désormais compromises. La hausse des prix des carburants et les perturbations de l’économie mondiale témoignent déjà de ses répercussions internationales.

À ces conséquences s’ajoutent des préoccupations militaires américaines concernant la consommation des stocks d’armes nécessaires à la défense des bases et des alliés des États-Unis. La poursuite des hostilités pourrait ainsi accroître la pression sur les capacités militaires américaines, alors même que le conflit tend à multiplier les points de tension.

À découvrir également

Voir sur Africanews
>