République centrafricaine : Birao face à l’urgence humanitaire

Vue aérienne de Bangui, en République centrafricaine, prise le 8 mars 2024   -  
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Les habitants ayant fui les combats à Am-Dafock, dans le nord-est de la République centrafricaine, tentent de survivre à Birao dans des conditions précaires, alors que les autorités ont renforcé la sécurité dans cette zone proche de la frontière avec le Soudan.

Dans une tente de fortune recouverte d’une bâche déchirée, Zakaria Hassan veille sur son fils de huit mois, atteint d’une forte fièvre. « Il est malade depuis quelques jours. Je n’ai aucun médicament à lui donner », témoigne-t-il.

Le père de famille a fui Am-Dafock avec ses enfants et quelques effets personnels après le déclenchement de violents affrontements dans cette localité située du côté centrafricain de la frontière. La zone est régulièrement confrontée à des incursions de groupes armés des deux côtés de la frontière.

Le 30 juin, des combattants de l’Alliance pour le renouveau patriotique (ASP), un groupe rebelle armé centrafricain comptant des mercenaires étrangers, ont lancé une attaque contre les forces armées centrafricaines à Am-Dafock.

« Les rebelles sont arrivés en tirant dans tous les sens. Des maisons étaient en feu. Nous avons compris que si nous restions, nous risquions de mourir », raconte Zakaria Hassan, originaire du village voisin d’Agroumaye.

Sa famille a ensuite gagné Birao, principale ville de la préfecture de Vakaga, située à environ 60 kilomètres d’Am-Dafock. « Nous pensions revenir quelques jours plus tard. Aujourd’hui, il ne nous reste plus rien », déclare-t-il.

À Birao, les déplacés ont trouvé la sécurité, mais des conditions de vie difficiles. Le site où ils se sont installés se trouve à proximité d’un camp accueillant depuis plusieurs mois des milliers de réfugiés soudanais ayant fui la guerre qui oppose, depuis avril 2023, l’armée soudanaise aux paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR).

« Quand il pleut, tout est trempé. Nous avons peu à manger et les enfants tombent malades », explique Zakaria Hassan. « Nous demandons des soins médicaux, des bâches, des latrines et de l’eau. Nous voulons simplement vivre dans la dignité », ajoute-t-il.

Dans des abris de fortune, les familles tentent de reconstruire leur quotidien. Des femmes préparent à manger sous un arbre tandis que les enfants jouent entre les tentes.

Nassir, un jeune homme d’une vingtaine d’années qui a lui aussi fui l’attaque d’Am-Dafock, raconte que son frère aîné, qui souffre depuis longtemps de problèmes aux genoux, n’a reçu aucun soin depuis leur arrivée. « Les gens couraient dans tous les sens. J’avais peur d’être tué ou d’être forcé de rejoindre les rebelles. Alors nous nous sommes enfuis », témoigne-t-il. « Nous sommes en vie, mais nous ne savons pas ce que demain nous réserve », ajoute-t-il.

Une situation humanitaire préoccupante

Aucun bilan officiel n’a été communiqué concernant les affrontements d’Am-Dafock.

Les personnes ayant réussi à fuir évoquent des tirs, des incendies et des habitants dispersés sur les routes.

« Nous avons vu des gens tomber. Nous avons couru sans nous retourner », témoigne l’un d’entre eux sous couvert d’anonymat.

Mardi, la Cour pénale spéciale pour la République centrafricaine a annoncé qu’elle procéderait à une évaluation préliminaire en vue d’ouvrir une enquête sur cette attaque.

Avant l’arrivée de ces nouveaux déplacés, près de 22.000 réfugiés soudanais avaient déjà trouvé refuge à Birao.

« Nous sommes confrontés à une situation humanitaire préoccupante en raison des événements survenus à Am-Dafock », déclare à l’AFP William Chemaly, représentant du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) en République centrafricaine.

« Les personnes déplacées ont besoin d’abris, de nourriture et de médicaments », ajoute-t-il.

« Mais le retour au calme reste la priorité absolue afin qu’il n’y ait plus aucun risque pour la population civile », poursuit-il.

À la suite des affrontements, les autorités ont renforcé la sécurité à Birao, avec le soutien de la Mission des Nations unies en République centrafricaine (Minusca).

Zakaria Hassan estime que la présence militaire est rassurante, mais insuffisante.

« Nous avons besoin de soins, de nourriture et d’un endroit où nos enfants puissent vivre », affirme-t-il.

Le gouverneur régional Thierry Evariste Binguinendji, qui s’est rendu à Am-Dafock cette semaine, affirme que les combats ont causé d’importants dégâts, mais que la ville est désormais sécurisée.

Il indique que le gouvernement poursuit le déploiement de soldats dans plusieurs zones frontalières.

« Nous avons survécu aux combats », déclare Zakaria Hassan en serrant son jeune fils contre lui, qui ouvre brièvement les yeux avant de se rendormir.

« Maintenant, nous espérons simplement survivre jusqu’à l’arrivée des secours. »

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