À Orimedu, sur la côte nigériane, la mer gagne du terrain jour après jour. Dans cette communauté de pêcheurs, les habitations, les zones de débarquement des pirogues et les espaces de travail traditionnels sont désormais menacés par une érosion côtière qui fragilise les conditions de vie des populations locales.
Au Nigeria, l’érosion du littoral d’Orimedu menace les villages
Le long de cette portion du littoral du golfe de Guinée, le recul du trait de côte est devenu une réalité tangible. À quelques mètres seulement des maisons, les vagues progressent inexorablement, emportant progressivement les terres autrefois utilisées par les pêcheurs pour réparer leurs filets ou entreposer leurs embarcations.
« Nous nous endormons avec la peur au ventre et nous nous réveillons avec la même peur, car nous ne savons pas quand la mer va engloutir notre communauté. Chaque jour, elle se rapproche un peu plus de nous », témoigne Mary Mensah, commerçante d’Orimedu.
Selon le Bureau des Nations unies pour les services d’appui aux projets (UNOPS), plusieurs facteurs aggravent cette vulnérabilité des communautés côtières nigérianes : les fortes précipitations, l’instabilité des sols sableux, l’élévation du niveau des mers liée au dérèglement climatique ainsi que certains projets de remblaiement et de transformation du littoral.
Une exposition pour rapprocher la recherche des habitants
Face à cette menace croissante, une exposition itinérante présente à Orimedu les résultats d’un programme de recherche consacré à l’adaptation des communautés du golfe de Guinée au changement climatique.
L’installation rassemble des photographies récentes de villages côtiers au Nigeria, au Ghana et en Côte d’Ivoire, ainsi que des propositions issues de l’architecture paysagère visant à limiter les effets de la montée des eaux, des inondations urbaines et de l’érosion.
Le projet, mené sur trois ans, est financé et porté par le Salata Institute for Climate and Sustainability de l’Université Harvard. Il est dirigé par Gareth Doherty, maître de conférences en architecture paysagère à l’Université nationale de Singapour, qui souhaite rendre les travaux scientifiques accessibles aux populations directement concernées.
« Nous avons passé beaucoup de temps au sein de communautés comme celle-ci, le long du littoral du golfe de Guinée, à recueillir les témoignages des habitants sur les conséquences concrètes de l’érosion côtière au quotidien. Cette exposition présente une synthèse de ces recherches, dans un format accessible au grand public », explique-t-il.
Selon le chercheur, la lutte contre l’érosion nécessite une approche coordonnée à plusieurs échelles, impliquant les habitants, les associations, les organisations non gouvernementales et les gouvernements. Le littoral étudié s’étend sur plus de 2 300 kilomètres, une dimension qui impose des réponses globales tout en tenant compte des réalités propres à chaque village.
Des solutions locales face à une urgence mondiale
À Orimedu, les habitants tentent déjà de développer leurs propres stratégies d’adaptation. Le chef de la communauté, Ayensu Nana-Kofi, souligne l’importance des solutions fondées sur la nature, notamment la plantation de végétation côtière.
« Il nous a appris à lutter contre l’érosion côtière en plantant des cocotiers et des herbes pour ralentir l’avancée de la mer et empêcher l’érosion d’atteindre notre village », affirme-t-il.
Mais le temps presse. Le responsable communautaire observe que les espaces autrefois éloignés du rivage sont désormais directement exposés aux vagues. « Les endroits où nous réparions nos filets et où nous amenions nos pirogues se rapprochent dangereusement de l’océan. Nous sommes inquiets, car les maisons pourraient bientôt être touchées », alerte-t-il.
Présentée auparavant dans d’autres communautés nigérianes comme Okun Alpha et Makoko, ainsi qu’à Azuretti en Côte d’Ivoire et à Accra au Ghana, l’exposition entend provoquer un débat collectif sur l’avenir des territoires côtiers.
Pour Gareth Doherty, l’objectif est de transformer la prise de conscience en action : « Si nous voulons changer l’avenir, nous devons imaginer cet avenir. Et pour l’imaginer, nous devons en discuter. » Une démarche qu’il qualifie d’« espoir opérationnel », fondée sur la capacité des communautés à anticiper les bouleversements à venir.