Afrique du Sud : les manifestations anti-migrants font peser un risque sur l'économie

Des manifestants défilent contre l'immigration clandestine à Johannesburg, en Afrique du Sud, le 30 juin 2026.   -  
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Les manifestations anti-migrants qui se multiplient en Afrique du Sud suscitent désormais des inquiétudes bien au-delà du débat politique et sécuritaire. Alors que plusieurs milliers de ressortissants étrangers ont quitté le pays ces dernières semaines par crainte de violences, des économistes estiment qu'un exode durable de cette main-d'œuvre pourrait fragiliser des secteurs clés de l'économie et peser sur la croissance.

La contestation, nourrie par un chômage proche de 33 %, une criminalité élevée et des années de croissance atone, a culminé avec une manifestation nationale organisée le 30 juin. Bien que les rassemblements aient été en grande partie pacifiques, les tensions ont conduit de nombreux migrants africains à regagner leur pays d'origine. Selon les autorités, plus de 60 000 Zimbabwéens et plus de 38 000 Malawites sont déjà rentrés, tandis que plusieurs centaines de Nigérians ont également été rapatriés. Dans certaines localités, des groupes communautaires auraient mené des expulsions de migrants de porte à porte.

Cette évolution inquiète les spécialistes du marché du travail. Les travailleurs étrangers occupent en effet des emplois dans des secteurs confrontés à des difficultés de recrutement, notamment l'agriculture, la construction, l'hôtellerie-restauration, le commerce de détail, les transports, la logistique et l'économie informelle. Selon Mpho Lenoke, maître de conférences à l'université North-West, les migrants répondent souvent à des besoins de main-d'œuvre que les entreprises peinent à satisfaire. Il souligne également que nombre d'entre eux créent des entreprises employant des Sud-Africains et renforcent la concurrence au bénéfice des consommateurs.

D'après les Nations unies, environ 2,6 millions de migrants vivaient en Afrique du Sud en 2024, soit près de 5 % de la population. Des estimations de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) et de l'Organisation internationale du travail (OIT) attribuent à cette population environ 9 % du produit intérieur brut sud-africain. Rapportée aux projections actuelles du Fonds monétaire international, cette part représenterait plus de 43 milliards de dollars de richesse produite. Les économistes estiment toutefois que cette contribution est probablement sous-évaluée, une part importante de l'activité des migrants relevant de l'économie informelle.

Les « spaza shops », petites épiceries de quartier souvent exploitées par des étrangers dans des conteneurs, garages ou habitations, illustrent cette interdépendance économique. Ces commerces alimentent les grossistes, les propriétaires immobiliers et de nombreux fournisseurs locaux. Les récentes manifestations ont déjà perturbé une partie de cette activité. Le distributeur Shoprite a ainsi indiqué que son service de livraison Sixty60 avait été affecté, alors que moins d'un quart de ses livreurs sont de nationalité sud-africaine.

Les organisations internationales contestent par ailleurs l'idée selon laquelle les migrants seraient responsables du manque d'emplois. Une étude de l'OIT fondée sur les enquêtes sur la population active conclut qu'une participation accrue des immigrés au marché du travail est associée à une augmentation des opportunités d'emploi pour les travailleurs nés en Afrique du Sud.

Le contexte économique accentue les préoccupations. En juin, la Banque mondiale a abaissé sa prévision de croissance pour l'Afrique du Sud à 1 % en 2026, contre 1,4 % auparavant, tandis que Statistics South Africa estime à 8,1 millions le nombre de personnes sans emploi au premier trimestre. Dans ce contexte, les économistes préviennent qu'un départ massif des travailleurs étrangers pourrait provoquer des pénuries de main-d'œuvre, ralentir les récoltes agricoles, retarder des chantiers de construction, affaiblir la consommation et désorganiser les chaînes d'approvisionnement.

Les investisseurs n'ont pas encore constaté d'effets significatifs sur les marchés financiers, mais considèrent désormais ces tensions comme un facteur de risque supplémentaire.

Les répercussions pourraient également dépasser les frontières sud-africaines. Première économie de la région et principal pays d'accueil des migrants en âge de travailler, l'Afrique du Sud constitue aussi la principale source de transferts de fonds vers les pays voisins. Selon un rapport conjoint du FinMark Trust et de la Banque centrale sud-africaine, ces flux ont plus que triplé entre 2016 et 2024 pour dépasser 19 milliards de rands, soit environ 1,16 milliard de dollars. Près de 90 % de ces transferts à destination de l'Afrique australe bénéficient au Lesotho, au Malawi, au Mozambique et surtout au Zimbabwe, qui en capte plus de 60 %.

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