La police kenyane a interdit mardi une marche organisée à l'occasion d'une journée annuelle de protestation. Elle a fait appel à des agents en civil et à des voitures banalisées pour disperser même le petit groupe qui avait réussi à se rassembler.
"Saba Saba" : la police kényane interdit des manifestations à Nairobi
Le gouvernement kenyan du président William Ruto adopte une attitude de tolérance zéro face au moindre signe de protestation, après les manifestations massives et meurtrières qui ont eu lieu ces deux dernières années.
Un groupe appelé "Economic Justice Movement" avait informé la police de son intention d’organiser mardi à Nairobi un défilé pacifique pour marquer l’anniversaire du 7 juillet 1990, date à laquelle les Kenyans s’étaient soulevés pour réclamer des réformes démocratiques.
Au cours des deux dernières années, la journée du "Saba Saba" ("sept sept") s’est confondue avec des manifestations plus larges contre la corruption, les difficultés économiques et les violences policières sous le régime de Ruto.
La police a nié avoir reçu la moindre notification et a déclaré que tout défilé serait illégal, déployant des barrages de contrôle dans toute la ville pour empêcher les rassemblements.
Un groupe de moins de dix manifestants a réussi à se rassembler dans le centre de Nairobi, mais a été encerclé par la police alors qu’ils tentaient de prononcer des discours ; l’AFP a vu au moins trois d’entre eux être embarqués de force dans une voiture banalisée et un fourgon de police.
"Pourquoi déploient-ils autant de forces de sécurité ? Nous avons le droit de manifester", a déclaré à l’AFP l’un des membres du groupe, Collins Otieno.
Un déploiement policier tout aussi massif avait eu lieu le 25 juin pour empêcher les Kenyans de commémorer l’anniversaire d’une manifestation majeure de 2024, lors de laquelle des milliers de personnes avaient pris d’assaut le Parlement pour s’opposer à de nouvelles taxes impopulaires.
Le Mouvement pour la justice économique a déclaré que la marche de mardi était censée attirer l’attention sur "les exécutions extrajudiciaires, les disparitions forcées, les arrestations arbitraires et les violences policières, mais aussi sur une crise économique qui s’aggrave… et sur la diminution des perspectives d’avenir pour des millions de jeunes et de familles".
Même sans ce déploiement massif de forces de l’ordre, il est probable que les manifestations attireraient des foules bien moins nombreuses que les années précédentes.
Beaucoup de gens affirment avoir trop peur des violences policières après qu’au moins 127 personnes ont été tuées lors de manifestations en juin-juillet 2024 et au cours d’une période similaire en 2025, selon les chiffres de l’organisme de surveillance de la police.
"Il règne un sentiment général d’épuisement", a déclaré à l’AFP Wanjira Wanjiru, organisatrice au sein d’une association locale de défense des droits humains, le Mathare Social Justice Centre.
Ruto se montre de plus en plus combatif, s’en prenant récemment au journal The Standard pour sa couverture médiatique négative.
Le Comité pour la protection des journalistes, basé à New York, a appelé lundi à l’ouverture d’une enquête après avoir indiqué qu’un journaliste chevronné de The Standard avait échappé de justesse à un enlèvement par des hommes armés trois jours après que Ruto eut critiqué le journal.