Espagne : Pedro Sánchez défend sa politique de régularisation massive des migrants

Premier ministre espagnol Pedro Sanchez, au sommet de l'UA à Bruxelles, juin 2026.   -  
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Plus d’un million de migrants en situation irrégulière en Espagne ont demandé à obtenir un statut légal dans le cadre d’un programme qui a fait fi d’une répression européenne plus large à l’encontre de l’immigration irrégulière, a déclaré mardi le gouvernement, dernier jour du délai de dépôt des demandes.

Ce vaste programme, lancé en avril par le gouvernement de gauche, devait initialement bénéficier à environ 500 000 personnes, pour la plupart originaires d’Amérique latine. « Le million de demandes déposées… montre à quel point cette reconnaissance des droits et des responsabilités était nécessaire », a déclaré le Premier ministre socialiste Pedro Sánchez lors d’un événement à Madrid. M. Sanchez est devenu le porte-drapeau de politiques d’immigration plus ouvertes alors que ses voisins européens y compris certains homologues socialistes durcissent leurs mesures en réponse à la pression exercée par des partis d’extrême droite en pleine ascension. Il soutient depuis longtemps que les immigrés sont indispensables pour soutenir l’économie, l’État-providence et les retraites, dans un contexte de vieillissement de la population espagnole et de dépeuplement des régions rurales.

Le nombre de demandes déposées n’indique pas nécessairement combien de migrants obtiendront un statut légal. Les demandeurs doivent prouver qu’ils n’ont pas de casier judiciaire et qu’ils ont passé au moins cinq mois consécutifs en Espagne avant le 1er janvier. Les autorités disposent de trois mois pour traiter leur dossier et décider de leur délivrer ou non un permis de travail et de séjour valable uniquement en Espagne. « Lorsque nous condamnons une personne à l’invisibilité, je pense que nous rendons notre pays pire. Nous y perdons tous », a expliqué M. Sánchez, précisant que son gouvernement avait pour objectif « d’offrir une chance et un avenir » aux migrants. « Nous voulons que le monde perçoive l’Espagne comme un pays qui respecte, protège et défend les droits de l’homme. »

Un coup de pouce économique

Terre d’émigrants depuis des siècles, l’Espagne est, aux côtés de l’Italie et de la Grèce, une porte d’entrée majeure vers l’Union européenne pour des dizaines de milliers de demandeurs d’asile et de migrants sans papiers. Beaucoup empruntent une longue et périlleuse route atlantique depuis l’Afrique de l’Ouest jusqu’aux îles Canaries, même si leur nombre a baissé l’année dernière après avoir atteint un pic en 2024. Depuis avril, des files d’hommes, de femmes et d’enfants se sont formées dans les rues pour obtenir des documents et se présenter à leurs rendez-vous en vue de leur régularisation, sans compter les demandeurs en ligne. Bien que l’on ait craint une saturation des services chargés de ce dispositif, Mohamed, un Marocain vivant dans la région de Cantabrie, au nord du pays, a estimé que les démarches administratives étaient « relativement faciles ». Ce demandeur d’emploi de 23 ans, qui a souhaité garder l’anonymat, vit en situation irrégulière en Espagne depuis environ quatre ans et espère « pouvoir travailler légalement, pour payer ses cotisations ».

L’obtention d’un statut légal lui évitera également de tomber entre les mains d’employeurs peu scrupuleux qui «profitent» des migrants en situation irrégulière «en leur versant de faibles salaires, sans aucun droit, voire… en ne les payant pas du tout», a-t-il déclaré à l’AFP. M. Sanchez, qui a présidé l’une des économies développées connaissant la plus forte croissance au monde ces dernières années, a vanté les avantages de l’immigration pour des secteurs tels que le bâtiment, qui ont besoin de renforcer leurs effectifs. Les chefs d’entreprise espagnols ont salué cette campagne de régularisation, mais l’opposition conservatrice et d’extrême droite s’insurge contre une politique qui, selon elle, encouragera davantage l’immigration en situation irrégulière.

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