RDC : la tragique équation des chercheurs d'or face à Ebola

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Au cœur de la 17e épidémie d’Ebola déclarée en RDC le 15 mai , les chercheurs d’or de Mongbwalu, dans la province d’Ituri, sont pris au piège d’un dilemme cruel, braver le virus pour survivre ou risquer la famine.

Dans cette région riche en minerais mais minée par l’instabilité, la peur de la maladie le dispute à la nécessité de nourrir ses enfants.

« Ebola est bien réel, et cela nous terrifie. Mais si je reste chez moi, comment mes enfants mangeront-ils ? » Justin Okaume, mineur artisanal, résume l’angoisse collective. Derrière ses mots, une réalité implacable : 209 cas confirmés à Mongbwalu, dont 89 morts (chiffres officiels), dans un contexte où l’ampleur réelle de la crise reste floue.

Les mines à ciel ouvert de Mongbwalu sont un spectacle de désespoir et de résilience. Des dizaines de mineurs, hommes et femmes, creusent inlassablement une terre graisseuse et collante, leurs corps couverts de boue. À mains nues ou avec des outils rudimentaires, ils brisent des roches, les concassent, et extraient des particules d’or au prix d’un labeur épuisant, côte à côte, dans des conditions sanitaires déplorables.

« On nous parle de mesures préventives, mais comment les respecter ? Notre travail nous oblige à être en contact permanent », explique Justin Uketi, un autre mineur. Les gestes barrières, déjà difficiles à appliquer, sont rendus impossibles par la promiscuité et l’absence d’équipements. Pire : la souche Bundibugyo, responsable de cette épidémie, n’a ni vaccin ni traitement. Les vaccins existants, développés entre 2018 et 2019, ne protègent que contre la souche Zaïre, responsable des précédentes flambées.

La méfiance et la tradition face à la science

Dans cette région ravagée par des années de violences intercommunautaires et de massacres perpétrés par des milices, la défiance envers les autorités et les structures médicales est profonde. Beaucoup de malades préfèrent consulter des guérisseurs traditionnels plutôt que de se rendre à l’hôpital, où la peur d’Ebola se mêle à celle des exactions.

« Nous ne savons pas qui est infecté », confie Jean-Baptiste Liwawi, un creuseur qui se protège comme il peut, avec du gingembre et des décoctions. Les agents de la Croix-Rouge, vêtus de combinaisons de protection, interviennent régulièrement pour envelopper les corps des victimes et limiter les transmissions post-mortem. Mais leur présence ne suffit pas à rassurer.

L’Ituri est un territoire contrôlé par des milices communautaires, qui tirent des revenus substantiels de l’exploitation minière illégale, notamment via des taxes imposées aux mineurs. Selon un rapport de l’ONU publié fin 2025, l’or extrait clandestinement est acheminé vers l’Ouganda, alimentant un commerce opaque.

Les mouvements de population mineurs venants d’autres provinces ou de pays voisins comme l’Ouganda accélèrent la propagation du virus, qui se transmet par contact étroit et fluides corporels. Les accidents miniers (glissements de terrain, asphyxie) et les affrontements armés pour le contrôle des ressources font régulièrement des victimes, ajoutant une couche de danger à une situation déjà critique.

Une économie qui tourne malgré tout

À Mongbwalu, la vie suit son cours, comme si de rien n’était. Dans le centre-ville, les orpailleurs négocient avec les négociants, indifférents aux prix records de l’or qui devraient, en théorie, ralentir l’activité. Mais la survie prime sur tout. Après de longues heures de travail, certains s’arrêtent pour avaler une assiette de riz et une sauce de feuilles. D’autres, pressés, mélangent du mercure à la matière extraite pour obtenir, après chauffage, de l’or brut une pratique toxique, mais lucrative.

« Après le travail, tout le monde rentre chez soi. On ne sait pas qui est malade », résume Jeannette Akelo, mère de sept enfants et journalière sur le site. Pour elle, comme pour des milliers d’autres, l’alternative n’existe pas : il faut continuer, pour survivre.

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