Au Tchad, la condamnation à huit ans de prison de huit responsables de la coalition d’opposition GCAP, prononcée le 8 mai 2026, provoque une vive réaction au sein de la classe politique.
Tchad : l’opposition dénonce une réduction inquiétante des libertés politiques
Plusieurs figures de l’opposition dénoncent une dérive autoritaire et s’alarment d’un recul des libertés publiques dans le pays.
Si certains opposants affirment ne pas avoir été surpris par le verdict, beaucoup y voient un nouveau signal du durcissement du pouvoir envers toute contestation politique.
Alifa Younous Mahamat, coordinateur en Europe du Parti socialiste sans frontière (PSF), estime que les conditions du procès ne respectaient pas les principes d’une justice équitable. Selon lui, cette condamnation s’inscrit dans une série de mesures visant à faire taire les voix critiques.
Le responsable politique rappelle plusieurs événements récents qui ont marqué l’opposition tchadienne : la condamnation de Succès Masra, la déchéance de nationalité de certains militants en exil ou encore la situation du PSF, dont le leader Yaya Dillo a été tué lors d’une opération militaire contre le siège du parti en 2024. Son secrétaire général, Robert Gam, a quant à lui quitté le pays après plusieurs mois de détention au secret.
Pour Alifa Younous Mahamat, la justice tchadienne serait désormais utilisée comme un outil politique contre les opposants et les défenseurs de l’alternance démocratique.
Une opposition sous pression
Du côté de l’opposition parlementaire, Albert Pahimi Padacké, président du Rassemblement national des démocrates tchadiens (RNDT) et ancien Premier ministre, affirme que cette décision judiciaire reflète une stratégie plus large du pouvoir en place.
Selon lui, depuis l’instauration de la cinquième République, le Mouvement patriotique du salut (MPS), parti au pouvoir, aurait engagé une véritable campagne contre les opposants politiques.
Le député estime que cette volonté de concentrer le pouvoir traduit une fragilité politique du régime, tout en créant un climat de peur parmi les figures de l’opposition. Il reconnaît lui-même craindre d’éventuelles poursuites ou arrestations.
Ces nouvelles condamnations renforcent les inquiétudes concernant l’état de l’espace démocratique au Tchad. Pour de nombreux opposants, les arrestations, les poursuites judiciaires et les restrictions visant les mouvements politiques témoignent d’un rétrécissement progressif des libertés d’expression et d’action politique dans le pays.