Djibouti : l’enfer de la « route de l’Est », la traversée la plus meurtrière au monde

Sur cette photo prise le 23 juillet 2019, des migrants éthiopiens marchent le long d'une route sous une tempête de sable à Lahj, au Yémen.   -  
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Des dizaines d'hommes avancent péniblement après avoir abandonné leur rêve d'exil. Pendant plusieurs jours, ils marchent pour rentrer chez eux, vaincus par l'une des routes migratoires les plus dangereuses au monde.

Amaigris, épuisés, certains n'ont rien avalé depuis longtemps. Sous le ciel brûlant d'avril où l'on parle pourtant d'« hiver » seules quelques silhouettes d'acacias desséchés offrent un peu de répit face à une chaleur.

Parmi eux, Jemal Ibrahim Hassan. À 25 ans, cet ancien agriculteur avait quitté Djibouti avec l'espoir de trouver du travail dans les riches pays du Golfe. Comme beaucoup, il est venu d'Éthiopie, un pays marqué par la pauvreté et les conflits. « Nous n'avions aucun endroit où vivre en paix », confie-t-il.

Son périple a duré quinze jours à pied, sur près de 550 kilomètres. Les pieds gonflés et les couverts d'ampoules, il a fini par embarquer sur un bateau surchargé. Mais le voyage s'est brutalement interrompu : intercepté par les garde-côtes, il a été placé dans un centre de détention au Yémen. « Il n'y avait rien à manger. Nous y sommes restés huit jours avant d'être renvoyés », raconte-t-il. Sur le chemin du retour, une tempête à failli lui coûte la vie. Aujourd'hui, il marche à nouveau mais cette fois pour rentrer en Éthiopie.

Chaque année, des dizaines de milliers de migrants empruntent cette « route de l'Est ». En 2025, plus de 900 personnes ont perdu la vie ou disparu, selon l'Organisation internationale pour les migrations un record tragique.

À bord d'embarcations surchargées

Sur certaines plages du nord, le sable est jonché de vêtements et de chaussures abandonnés. À Gehere, des fosses communes rappellent la violence de cette route. « Plus de 200 corps sont enterrés ici », explique un responsable local. La plupart des migrants sont éthiopiens, souvent sans jamais avoir vu la mer avant cette traversée fatale.

Dans la chaleur accablante, pouvant atteindre 45 °C, et au milieu de tempêtes de sable, beaucoup se perdent ou s'effondrent. « Nous retrouvons des dizaines de corps chaque mois », témoigne-t-on sur place. Malgré les efforts des autorités, les arrivées continuent des centaines chaque jour.

Pour certaines, la souffrance devient insupportable. Genet, mère de quatre enfants, a fui la misère mais a été confrontée à une brutalité extrême : « Ceux qui ne respectent plus sont abandonnés. On nous forçait à avancer, frappés comme des soldats. » Elle a finalement choisi de rebrousser chemin, estimant que sa vie d'avant valait mieux que cette épreuve.

D'autres, pourtant, persistants. Muiaz, 19 ans, continue d'avancer malgré la peur et les récits de morts. « Je sais les risques, mais je n'ai pas d'autre choix », dit-il. Entre désespoir et espoir, ils sont nombreux à poursuivre leur route au prix de tous les dangers.

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