Les prix du pétrole connaissent une flambée sans précédent, au bord des 120 dollar le baril - conséquence directe de la guerre au Moyen-Orient.
Les prix du pétrole flambent après l'attaque de navires dans le détroit d'Ormuz
Lundi, le baril de Brent de la mer du Nord, référence du marché mondial, gonflait de 17,42 % à 108,82 dollars, après avoir dépassé 119 dollars. Les experts évoquent des chiffres inédits qualifiés par le président américain Donald Trump d'un "tout petit prix à payer".
Une semaine de bombardements incessants, dans le prolongement du conflit enclenché le 28 février par les États-Unis et Israël contre l'Iran puis le Liban a entrainé la fermeture du détroit d'Ormuz.
L'agence britannique de sécurité maritime rapporte qu'une dizaine de navires ont été pris pour cible par des frappes de représailles iraniennes sur cette voie navigable très essentielle à l'approvisionnement mondiale en hydrocarbure.
La directrice générale du FMI, Kristalina Georgieva, a averti lundi que le conflit au Moyen-Orient pourrait faire peser de nouveaux risques sur l'inflation mondiale, affirmant que si les prix du pétrole augmentaient de 10 % et restaient à ce niveau pendant la majeure partie de l'année, l'inflation mondiale augmenterait d'environ 40 points de base.
« Nous voyons la résilience mise à l'épreuve une nouvelle fois par le nouveau conflit au Moyen-Orient », a déclaré Mme Georgieva lors d'un symposium organisé par le ministère japonais des Finances, ajoutant : « Mon conseil aux décideurs politiques dans ce nouvel environnement mondial est de penser à l'impensable et de s'y préparer. »
Des sources au sein du gouvernement français indiquent des discussions, ce lundi, au G7 sur la libération des réserves stratégiques de pétrole afin de stabiliser les marchés énergétiques.
L'Organisation maritime internationale (OMI) a répertorié vendredi sur son site web un total de neuf attaques contre des navires dans le détroit en une semaine, dont quatre incidents qui ont fait sept morts.
Sept morts signalés
L'OMI a déclaré qu'une personne avait été tuée lors de chacune des trois attaques contre les navires Skylight, MKD Vyom et Stena Imperative le 2 mars, date à laquelle le Hercules Star a également été touché.
Entre le 3 et le 5 mars, quatre autres navires ont été touchés : le Libra Trader, le Gold Oak, le Safeen Prestige et le Sonangol Namibe. Le 6 mars, quatre personnes ont été tuées lorsque le Mussafah 2 a été touché. L'Indonésie a annoncé dimanche qu'un navire dont les caractéristiques et la dernière position connue correspondaient à celles du Mussafah 2 avait coulé deux jours plus tôt, mais avec un bilan différent.
Jakarta a signalé trois membres d'équipage indonésiens disparus, un survivant indonésien blessé et quatre survivants d'autres nationalités. Le détroit voit normalement transiter 20 % du pétrole et du gaz naturel liquéfié mondiaux, mais le trafic de pétroliers y a chuté de 90 % en une semaine, selon la société d'analyse Kpler, qui exploite la plateforme MarineTraffic.
Selon les données de MarineTraffic analysées vendredi par l'AFP, seuls neuf navires commerciaux (pétroliers, cargos et porte-conteneurs) ont été détectés traversant le détroit depuis lundi, certains masquant par intermittence leur position.
Sauveteurs pris pour cible
La société de sécurité maritime Vanguard a déclaré que le Mussafah 2 avait été touché par deux missiles alors qu'il tentait de venir en aide au porte-conteneurs Safeen Prestige, qui avait été frappé par un missile deux jours plus tôt.
« Les rapports d'incidents récents [...] indiquent que les navires qui fournissent une assistance ou mènent des opérations de sauvetage à des navires précédemment pris pour cible peuvent également être exposés à un risque accru de frappes ultérieures », a averti samedi le Centre d'information maritime conjoint (JMIC), géré par une coalition navale occidentale, dans une note. « Le schéma observé des frappes contre des navires à l'ancrage, des navires à la dérive et des navires d'assistance indique une campagne visant à créer une incertitude opérationnelle et à dissuader les mouvements commerciaux habituels plutôt qu'une tentative soutenue de couler des navires. »
Les attaques de drones et de missiles revendiquées par les Gardiens de la révolution iranienne ne sont pas toujours confirmées par des sources indépendantes - certaines ne sont confirmées qu'après plusieurs jours, et les navires concernés ne sont pas toujours identifiés. Le nombre de victimes peut varier.
L'Iran exporte son propre pétrole via le détroit d'Ormuz et ses intentions restent floues.
Un général des Gardiens de la révolution a averti le 2 mars que l'Iran « brûlerait tout navire » tentant de traverser le détroit et bloquerait toutes les exportations de pétrole du Golfe. Mais le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, a déclaré jeudi que son pays n'avait « aucune intention » de fermer le détroit d'Ormuz. Le secrétaire américain à l'Énergie, Chris Wright, a déclaré vendredi qu'il escorterait les navires marchands tentant de transiter par le détroit « dès que cela serait raisonnable ».
Le président français Emmanuel Macron a déclaré mardi qu'il cherchait à former une coalition pour sécuriser les « voies maritimes essentielles à l'économie mondiale » dans la région.