Dans un Iran frappé par la guerre, la succession au sommet de l’État n’aura pas tardé. Dimanche soir, l’Assemblée des experts a officiellement désigné Mojtaba Khamenei comme nouveau guide suprême de la République islamique, succédant à son père, Ali Khamenei, tué le 28 février lors de l’offensive américano-israélienne.
Iran : Mojtaba Khamenei succède à son père comme Guide suprême
La décision du collège de 88 dignitaires du clergé chiite a été annoncée solennellement à la télévision d’État. Un présentateur a lu le communiqué officiel tandis qu’apparaissait à l’écran le portrait du religieux de 56 ans, figure discrète mais influente du régime, réputée proche des Gardiens de la Révolution et des milieux conservateurs.
L’Assemblée a affirmé n’avoir « pas hésité une minute » à remplir sa mission malgré « l’agression brutale de l’Amérique criminelle et du régime sioniste ». Dans la foulée, les principales institutions de l’État — forces armées, Gardiens de la Révolution, police et diplomatie — ont prêté allégeance au nouveau dirigeant.
Emotion et ferveur dans les rues
L’annonce a provoqué des scènes de liesse dans plusieurs villes du pays. Des images diffusées par les médias officiels montrent des foules agitant des drapeaux de la République islamique ou illuminant la nuit avec les lampes de leurs téléphones portables.
Pour de nombreux Iraniens, cette nomination apparaît comme un symbole de continuité et de résistance dans un moment d’extrême tension nationale. À Téhéran, malgré les bombardements et les pénuries, des rassemblements spontanés ont été observés après l’annonce.
Quelques heures plus tard, la télévision publique a diffusé les images du lancement de missiles vers Israël. Sur le fuselage de l’un d’eux figurait l’inscription : « Sous ton commandement, Seyyed Mojtaba », marque d’allégeance religieuse au nouveau guide.
Trump et Israël menacent
La nomination intervient toutefois sous une pression internationale considérable. Avant même que le nom du successeur d’Ali Khamenei ne soit dévoilé, le président américain Donald Trump avait averti que le futur guide suprême « ne tiendra pas longtemps » sans l’aval de Washington.
Quelques jours plus tôt, il avait déjà affirmé qu’il n’accepterait pas l’arrivée au pouvoir de Mojtaba Khamenei. Sur son réseau Truth Social, il a également minimisé l’impact économique de la guerre, estimant que la flambée des prix de l’énergie constituait « un tout petit prix à payer pour la paix et la sécurité des États-Unis et du monde ».
Du côté israélien, le ton est tout aussi ferme. Les autorités avaient prévenu dès mercredi que le futur dirigeant iranien serait « une cible ».
Une guerre régionale qui s’étend
Sur le terrain, les combats se poursuivent. L’armée israélienne a annoncé lundi une nouvelle vague de frappes contre des « infrastructures du régime » au centre de l’Iran, après avoir bombardé au cours du week-end plusieurs dépôts de carburant et le quartier général de la force aérospatiale des Gardiens de la Révolution.
À Téhéran, les réservoirs pétroliers touchés ont dégagé une épaisse fumée noire qui a plongé la capitale dans une obscurité décrite par certains habitants comme « apocalyptique ». « L’air est devenu irrespirable », confie une habitante jointe par téléphone depuis Paris, dénonçant la destruction de « richesses nationales ».
Parallèlement, Israël a intensifié ses opérations au Liban contre le Hezbollah pro-iranien. Des frappes ont visé la banlieue sud de Beyrouth, tandis que des troupes israéliennes héliportées ont affronté des combattants du mouvement chiite dans la vallée de la Bekaa. Selon les autorités libanaises, près de 400 personnes ont été tuées dans le pays en une semaine.
Le Golfe sous tension, le pétrole s’envole
En riposte aux bombardements, l’Iran a multiplié les tirs de missiles et de drones contre des infrastructures dans les monarchies du Golfe, où sont implantées plusieurs bases militaires américaines. Des attaques ont été signalées au Bahreïn, au Koweït et en Arabie saoudite, visant notamment des installations énergétiques.
Ces frappes alimentent les craintes autour du détroit d’Ormuz, par lequel transite environ 20 % du pétrole mondial. Le blocage partiel de cette voie stratégique a provoqué une flambée des prix : lundi matin, le baril dépassait les 118 dollars, son plus haut niveau depuis l’été 2022.
Depuis le début du conflit, le pétrole américain WTI s’est envolé d’environ 70 %, une hausse exceptionnelle en si peu de temps. Face au choc économique potentiel, les ministres des Finances du G7 doivent se réunir en urgence par visioconférence.
Téhéran, de son côté, brandit la menace d’une escalade énergétique. « Si vous pouvez supporter un pétrole à plus de 200 dollars le baril, continuez ce jeu », a prévenu l’armée iranienne.
Un nouveau guide dans un pays en guerre
Dans ce contexte explosif, Mojtaba Khamenei accède au sommet du pouvoir iranien. Né en 1969 dans la ville sainte de Machhad, il a longtemps évolué dans l’ombre du bureau de son père, au cœur des cercles décisionnels de la République islamique.
Sa nomination intervient alors que le pays affirme se préparer à « au moins six mois de guerre ». Selon les autorités iraniennes, plus de 1.200 personnes ont été tuées et plus de 10.000 blessées depuis le début des bombardements.
Pour le nouveau guide suprême, l’entrée en fonction se fait donc sous le feu des missiles, et sous le regard hostile de Washington et de Tel-Aviv.