Russie : Le SVR reprend les opérations d’influence de Wagner en Afrique, selon une enquête

Le président russe Vladimir Poutine, au palais présidentiel d'Helsinki, en Finlande, 16 juillet 2018   -  
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Après la mort d’Evgueni Prigojine en 2023, l’empreinte de Wagner demeure en Afrique, mais sous une autre tutelle. Selon une enquête menée par un consortium de médias internationaux, le SVR, le service de renseignement extérieur russe, a repris la direction des opérations d’influence autrefois pilotées par la société paramilitaire.

L’investigation, conduite notamment par Forbidden Stories, All Eyes On Wagner, Dossier Center, openDemocracy et iStories, s’appuie sur 76 documents authentifiés issus d’une fuite anonyme transmise au média panafricain The Continent. Ces archives – plus de 1.400 pages en russe – comprennent plans stratégiques, biographies de collaborateurs, rapports opérationnels, documents comptables et bilans de campagnes de désinformation menées entre janvier et novembre 2024.

Une reprise en main progressive

Après la mutinerie avortée de Wagner en juin 2023 et la mort de Prigojine deux mois plus tard dans un crash d’avion, Moscou a entrepris de réorganiser sa présence en Afrique. Les activités paramilitaires ont été restructurées autour de l’Africa Corps, placé sous l’autorité du ministère russe de la Défense.

Mais selon l’enquête, le levier le plus stratégique, l’influence politique et informationnelle, est passé sous le contrôle direct du SVR. « Le SVR a désormais pris en main l’outil le plus efficace du groupe Wagner », écrivent les auteurs.

La branche concernée, connue sous le nom d’« Africa Politology » ou « La Compagnie », emploierait près d’une centaine de consultants spécialisés en communication politique, réseaux sociaux et stratégie d’opinion. Entre 2024 et 2025, des équipes auraient été déployées dans de nombreux pays, notamment au Mali, au Burkina Faso, au Niger, en Libye, au Soudan, au Ghana ou encore à Madagascar.

Influence, renseignement et coordination sécuritaire

Les documents décrivent un dispositif structuré, mêlant campagnes de désinformation, lobbying politique et appui sécuritaire. Le SVR fournirait des renseignements ciblés, faciliterait le recrutement de sources locales et contribuerait au placement d’agents d’influence à des postes clés.

Dans certains cas, cette action s’articulerait avec celle du ministère russe de la Défense et du renseignement militaire. En République centrafricaine, par exemple, le SVR aurait été sollicité pour éviter que les restructurations en cours ne perturbent les activités des contractants liés à Wagner.

Au Mali, le service extérieur russe aurait notamment été chargé de fournir des informations sur les plans militaires et politiques de la France et des États-Unis au Sahel, tout en apportant un soutien diplomatique à la formation d’une nouvelle alliance régionale.

L’Alliance des États du Sahel, vitrine politique

La création en 2023 de l’Alliance des États du Sahel (AES), qui regroupe le Mali, le Burkina Faso et le Niger, est présentée par les enquêteurs comme l’un des succès politiques majeurs de Moscou dans la région. Ces trois pays, dirigés par des juntes militaires, ont rompu avec la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (Cedeao) et pris leurs distances avec la France.

Pour Lou Osborn, coautrice de l’enquête, cette évolution illustre la capacité de la Russie à consolider son influence dans des États sahéliens « instables et vulnérables », en quête de nouveaux partenaires sécuritaires et diplomatiques.

Des moyens importants, des résultats inégaux

Les journalistes ont identifié un réseau d’entreprises servant d’intermédiaires financiers entre le SVR et « La Compagnie ». Selon leurs calculs, près de 7,3 millions de dollars auraient été consacrés aux opérations d’influence entre janvier et octobre 2024, soit environ 750.000 dollars par mois.

Malgré ces moyens, les résultats apparaissent contrastés. Si la Russie multiplie les protocoles d’accord et les déclarations de coopération, nombre de ces engagements peinent à se traduire en projets économiques concrets et rentables.

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