Port-Soudan a vu accoster cette semaine un cargo humanitaire transportant 2 428 tonnes de denrées alimentaires et de matériaux d’abri, fruit d’une initiative conjointe entre la Turquie et le Qatar.
Soudan : une aide humanitaire d’urgence débarque à Port-Soudan
Il s’agit du premier navire de ce type à atteindre le principal port soudanais depuis l’aggravation du conflit. « Cette cargaison humanitaire, composée de vivres et de matériel de logement, s’inscrit dans une coopération turco-qatarienne. C’est le premier navire à parvenir à Port-Soudan », a déclaré Abdullah Rashid Al-Muhannadi, chargé d’affaires de l’ambassade du Qatar.
Cette arrivée intervient dans un contexte d’extrême urgence. Les Nations unies ont averti que, faute de nouveaux financements, l’aide alimentaire au Soudan sera épuisée d’ici la fin du mois de mars. « Sans ressources additionnelles immédiates, des millions de personnes seront privées d’une assistance vitale dans les semaines à venir », a prévenu Ross Smith, directeur de la préparation et de la réponse aux urgences du Programme alimentaire mondial (PAM), qui affirme avoir déjà réduit les rations au « strict minimum de survie ».
Près de trois ans de combats opposant l’armée soudanaise aux Forces de soutien rapide (RSF) ont provoqué une catastrophe humanitaire sans précédent : des dizaines de milliers de morts, environ 11 millions de déplacés et un tissu social profondément désagrégé. Selon les estimations onusiennes, plus de 21 millions de personnes – soit près de la moitié de la population – sont confrontées à une insécurité alimentaire aiguë, tandis que deux tiers des Soudanais ont désormais besoin d’une aide humanitaire d’urgence.
Sur le terrain, les déplacements forcés se poursuivent à un rythme soutenu. « Nous comptons actuellement 145 000 familles déplacées à El-Obeid, dans l’État du Kordofan du Nord. Dans l’État du Nil Blanc, environ 15 000 personnes ont fui, et les chiffres continuent d’augmenter », a expliqué Salwa Adam Buniya, commissaire soudanaise à l’aide humanitaire, soulignant l’impossibilité d’établir des statistiques définitives dans un contexte aussi instable.
La situation est particulièrement critique au Darfour et au Kordofan, où la famine a déjà été officiellement confirmée dans certaines zones, notamment à El-Fasher et Kadugli. L’insécurité persistante entrave l’acheminement de l’aide et fait craindre une extension rapide des conditions de famine à une vingtaine d’autres localités. L’UNICEF alerte de son côté sur des millions d’enfants « au bord de la survie », victimes collatérales d’un conflit prolongé et d’un sous-financement chronique de la réponse humanitaire.
Sur le plan diplomatique, les efforts de médiation demeurent dans l’impasse. Les initiatives menées par les États-Unis et le « Quad » régional – Égypte, Arabie saoudite et Émirats arabes unis – n’ont jusqu’à présent pas permis d’arracher un cessez-le-feu. Réunis récemment au Caire avec des représentants de l’ONU, de l’Union européenne et d’organisations régionales, les diplomates ont appelé à une relance coordonnée des efforts de paix, sans qu’aucune proposition de trêve concrète n’émerge à ce stade.
Dans ce contexte, l’arrivée du navire turco-qatarien apparaît comme un signal politique et humanitaire important, mais insuffisant face à l’ampleur des besoins. Le PAM estime à 700 millions de dollars les financements nécessaires pour maintenir ses opérations jusqu’en juin. Sans une mobilisation internationale accrue et un accès humanitaire sécurisé, le Soudan s’achemine vers une aggravation dramatique d’une crise déjà qualifiée de « pire catastrophe alimentaire mondiale ».