Les États-Unis ont officiellement désigné mardi les branches des Frères musulmans en Égypte, au Liban et en Jordanie comme organisations terroristes, répondant ainsi à une demande de longue date de leurs alliés arabes et des conservateurs américains.
Les USA classent les Frères musulmans comme "organisation terroriste"
Fondé en 1928 en Égypte, ce mouvement panislamiste s’est autrefois étendu à l’ensemble du monde musulman, avant d’entrer en déclin sous la pression concertée de grandes puissances arabes.
Dans un communiqué, le secrétaire d’État Marco Rubio a déclaré : "Ces désignations constituent les premières étapes d’un effort continu visant à contrecarrer la violence et la déstabilisation provoquées par les branches des Frères musulmans, où qu’elles se produisent."
Le secrétaire au Trésor Scott Bessent a ajouté que les Frères musulmans disposent "d’un long historique d’actions terroristes", précisant que Washington œuvre activement pour les exclure du système financier international.
Sanctions économiques et gel des avoirs
Cette désignation implique que les États-Unis vont :
geler tous les avoirs des Frères musulmans présents sur leur territoire
criminaliser toute transaction avec leurs membres
restreindre fortement l’accès au territoire américain
En réaction, la branche égyptienne des Frères musulmans a publié un communiqué sur les réseaux sociaux annonçant qu’elle utiliserait les voies judiciaires pour contester cette décision, affirmant n’avoir jamais prôné la violence ni menacé les États-Unis.
"Cette désignation est déconnectée de la réalité et ne repose sur aucune preuve. Elle résulte de pressions étrangères, notamment des Émirats arabes unis et d’Israël", a déclaré l’organisation.
Hostilité croissante au Moyen-Orient
L’Égypte, l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis tentent depuis longtemps d’éradiquer les Frères musulmans, dont l’idéologie vise à instaurer un califat islamique transnational.
Le mouvement était brièvement arrivé au pouvoir en Égypte en 2012 avec l’élection de Mohamed Morsi, après la chute de Hosni Moubarak. Mais Morsi a été renversé dès 2013 par le général Abdel Fattah al-Sissi, aujourd’hui président, qui a lancé une répression massive contre l’organisation.
Le ministère égyptien des Affaires étrangères a salué la décision américaine, qualifiant les Frères musulmans de menace directe pour la sécurité régionale et internationale.
La Turquie, bastion stratégique
Affaiblis dans leur pays d’origine, de nombreux cadres égyptiens se sont réfugiés à l’étranger, développant des réseaux de médias, entreprises et associations caritatives. La Turquie constitue un refuge majeur, le président Recep Tayyip Erdogan partageant une proximité idéologique avec les Frères musulmans.
Selon l’expert Lorenzo Vidino de l’université George Washington : "Cette décision va mettre une forte pression sur les pays alliés des États-Unis : souhaitent-ils héberger des organisations classées terroristes par Washington ?"
Liens avec le Hamas et le Hezbollah
L’administration Trump a justifié la désignation notamment par le soutien présumé des Frères musulmans au Hamas, mouvement palestinien déjà classé terroriste par les États-Unis.
Le département du Trésor affirme que les branches égyptienne et jordanienne ont coordonné leurs activités avec le Hamas, responsable de l’attaque du 7 octobre 2023 contre Israël, qui a déclenché une vaste offensive israélienne sur Gaza.
Au Liban, la branche sunnite des Frères musulmans se serait alliée au Hezbollah, milice chiite soutenue par l’Iran, pour tirer des roquettes contre Israël.
La Jordanie durcit le ton
En Jordanie, où l’aile politique des Frères musulmans constitue la principale force d’opposition parlementaire, le gouvernement a interdit l’organisation en avril dernier, ordonnant la saisie de ses biens après l’avoir accusée de stocker des armes et de vouloir déstabiliser le royaume.
Polémiques aux États-Unis
Ces dernières années, certains conservateurs américains ont également propagé des théories complotistes non fondées affirmant que les Frères musulmans infiltreraient le gouvernement américain afin d’imposer la charia.
La désignation américaine marque ainsi un tournant majeur dans la lutte internationale contre les Frères musulmans et pourrait profondément redessiner leurs réseaux mondiaux.