L’ancien président haïtien Michel Martelly, qui a dirigé le pays de 2011 à 2016, a déposé vendredi son dossier de candidature auprès du Conseil électoral provisoire (CEP), accompagné de trois avocats et suivi par plusieurs centaines de partisans. Il se présente sous la bannière de la coalition politique Debloke, qui rassemble notamment d’anciens membres du Parti haïtien Tèt Kale (PHTK), qu’il avait autrefois dirigé.
Haïti : l’ancien président Michel Martelly se porte candidat malgré les sanctions internationales
Déjà inscrit en ligne, l’ancien dirigeant, connu auparavant comme musicien sous le nom de « Sweet Micky », a ainsi officialisé sa participation au scrutin présidentiel du 13 décembre, dans le cadre des premières élections générales organisées dans le pays depuis plus de dix ans.
« Lorsque je suis parti en 2016, le pays tenait encore debout, mais aujourd’hui, il est à terre », a-t-il déclaré, estimant que l’histoire se répétait et qu’il lui revenait de nouveau de redresser la situation nationale.
Cette candidature intervient alors que Michel Martelly fait l’objet de sanctions imposées par les États-Unis et le Canada, qui l’accusent d’avoir facilité le trafic de drogue et soutenu plusieurs gangs armés. Le 9 octobre, le Conseil électoral provisoire a supprimé une disposition visant les candidats sanctionnés par des pays étrangers, ouvrant ainsi la voie à sa participation au scrutin.
Le retour de l’ancien président s’inscrit toutefois dans un climat sécuritaire particulièrement dégradé. Un rapport récemment transmis au Conseil de sécurité des Nations unies souligne les liens étroits entre les groupes armés et certains acteurs politiques et économiques, tout en alertant sur une possible recrudescence des violences à l’approche des élections.
Selon les données rapportées, les violences des gangs ont provoqué le déplacement de plus de 1,4 million de personnes. Les groupes armés contrôlent par ailleurs environ 70 % de Port-au-Prince ainsi que des axes routiers stratégiques menant aux départements du Centre et de l’Artibonite.
La situation s’est encore tendue après l’enlèvement, dimanche, de quatre membres salvadoriens de la force internationale chargée de lutter contre les gangs aux côtés de la police haïtienne. Le président salvadorien Nayib Bukele a annoncé l’envoi de forces spéciales pour participer à une opération visant à secourir les quatre techniciens de l’aviation.
Ces difficultés font peser de sérieux doutes sur la capacité des autorités à organiser un scrutin crédible et accessible à l’ensemble de la population. Plus de la moitié des électeurs haïtiens vivent dans les trois régions particulièrement touchées par les violences, où l’inscription sur les listes électorales et la participation au vote pourraient être compromises.
Le Conseil électoral provisoire a reporté au 31 octobre la date limite de dépôt des candidatures. À ce stade, seize candidats à la présidence se sont enregistrés, alors que la perspective des élections demeure incertaine dans un pays confronté à une crise sécuritaire et politique persistante.