L’abattage d’arbres pour produire du charbon de bois destiné à la cuisine ou au chauffage est une activité en plein essor dans les forêts entourant la ville de Boali, au sud-ouest de la République centrafricaine. Mais en faisant baisser le niveau d’eau de la rivière, la déforestation décime la population de poissons et met en péril la pêche, précieuse source de revenus de nombreux habitants.
République centrafricaine : la déforestation décime la population de poissons
« Notre principal problème, c’est l’abattage des arbres. Il faut que ça cesse. On abat les arbres pour produire du charbon de bois. Mais s’il n’y a plus d’arbres ici, la terre va brûler, l’eau va s’assécher encore plus et bientôt, il n’y aura plus de poissons. Regardez : avant, on pêchait des carpes bien plus grosses. Avec la chaleur extrême et le changement climatique, les poissons sont devenus plus petits. Mais on doit se contenter de ce qu’on arrive encore à pêcher. », a déploré Jean-Romeo Senguemboli, pêcheur.
Le poisson étant une source alimentaire essentielle dans la région, les conséquences se font également sentir dans l’assiette des familles.
« Le poisson se fait rare alors même que la demande augmente. Les stocks s’épuisent rapidement. Des acheteurs viennent de Yaloké, de Bangui et d’autres villes pour faire le plein. Du coup, même nous, les habitants de Boali, n’avons plus assez de poisson. C’est une véritable pénurie. Les pêcheurs trouvent de moins en moins de poissons dans l’eau, et c’est devenu un grave problème. », a indiqué Flore Ouagbele, poissonnière au marché de Boali.
Selon les experts, la déforestation entraîne une baisse du niveau d’eau de la rivière, la rendant plus boueuse et réduisant sa teneur en oxygène, ce qui complique la reproduction des poissons.
« L’abattage des arbres a effectivement un impact sur l’eau en République centrafricaine. Commençons par le premier point, à savoir les effets : une augmentation de la turbidité de l’eau et une diminution des niveaux d’oxygène. Cela fait partie du premier point, comme je le disais. Le deuxième point, dans le même ordre d’idées, est la destruction des frayères. », a déclaré Yves Kaengonza, expert en environnement au ministère centrafricain de l’Eau, des Forêts, de la Chasse et de la Pêche.
Le WWF, l’organisation de protection de la nature, a indiqué dans un rapport publié l’année dernière que l’Afrique affichait le plus haut niveau mondial de prises annuelles de poissons d’eau douce par habitant, avec une moyenne de 2,6 kilos.
La construction de barrages et de canaux d’irrigation, la conversion des terres et des zones humides à des fins agricoles, l’urbanisation et l’exploitation minière nuisent également aux écosystèmes d’eau douce africains, a déclaré l’ONG.
Près de 200 pays réunis cette semaine en Arménie à l’occasion d’un sommet des Nations unies sur la biodiversité ont débattu de la lutte mondiale contre la déforestation, la pollution et la surexploitation des ressources naturelles, parmi d’autres défis liés à la conservation.