Des rebelles tigréens dans le nord de l’Éthiopie ont pris le contrôle de plusieurs aéroports et affronté les forces fédérales dans la région voisine de l’Afar, ont indiqué mercredi plusieurs sources à l’AFP, alors que des tensions persistantes ont dégénéré en conflit ouvert.
Éthiopie : les forces tigréennes prennent le contrôle de plusieurs aéroports
Le Front de libération du peuple du Tigré (TPLF) a mené une guerre civile dévastatrice contre le gouvernement fédéral entre 2020 et 2022, faisant quelque 600 000 morts, selon les estimations de l’Union africaine.
Des affrontements sporadiques et des frappes de drones ces derniers mois ont fait craindre un retour à la guerre.
Deux employés humanitaires travaillant dans la région de l’Afar ont déclaré à l’AFP que des combats avaient éclaté mardi soir dans les villes d’Abala et d’Erebti entre le TPLF et les forces fédérales.
"Nous nous attendons à ce que la situation s’étende. Nous venons d’envoyer un camion chargé de nourriture pour aider les personnes déplacées", a déclaré l’un d’eux, sous couvert d’anonymat.
Une source étrangère spécialisée dans la sécurité en Éthiopie a confirmé les affrontements et indiqué que le TPLF contrôlait Abala.
Abala est située dans des chaînes montagneuses qui marquent la frontière avec le Tigré, et les forces fédérales y sont stationnées depuis plusieurs mois. Erebti se trouve environ 100 kilomètres plus loin, à l’intérieur de l’Afar.
Un ancien haut responsable du TPLF a déclaré à l’AFP que les rebelles contrôlaient Berhale, Erebti, Abala, Megale, Dalul et Konoba, dans l’Afar, sans que l’AFP puisse confirmer ces informations.
Les forces fédérales « battent rapidement en retraite », a-t-il affirmé.
"Invasion"
Dans un communiqué publié sur Facebook, le gouvernement régional du Tigré a déclaré qu’il répondait à d’"intenses bombardements" menés mardi par les forces fédérales, impliquant des "avions, des drones et de l’artillerie".
Ces attaques n’ont pas pu être vérifiées de manière indépendante par l’AFP.
L’"armée du Tigré" a reçu l’ordre de riposter à "l’attaque et à l’invasion génocidaire lancées contre nous » et « est entrée dans une bataille défensive", a déclaré le gouvernement du Tigré.
Les autorités fédérales à Addis-Abeba n’avaient pas encore commenté les affrontements.
Les forces tigréennes ont pris le contrôle des aéroports des villes régionales de Mekele et Shire, et auraient également pris celui d’Axoum. Ethiopian Airlines a annoncé la suspension de ses vols vers les trois villes.
"Alors que nous nous rendions à l’aéroport pour travailler, notre superviseur a appelé le chauffeur et lui a dit que l’aéroport avait été pris par les forces tigréennes. Comme il n’y avait plus de vols, il nous a demandé de rentrer chez nous", a déclaré à l’AFP un employé de l’aéroport Alula Aba Nega de Mekele.
Un petit nombre de policiers fédéraux assurent la garde de l’aéroport et leur situation était inconnue.
Getachew Reda, un ancien dirigeant du TPLF qui s’est brouillé avec ses anciens collègues avant de rejoindre le gouvernement fédéral, a déclaré que la reprise des combats était « déchirante ».
« La direction du TPLF a lancé tôt ce matin une offensive généralisée contre les positions gouvernementales dans l’Afar et l’Amhara », a écrit Getachew sur X. L’AFP n’a pas pu vérifier de manière indépendante les informations faisant état de combats dans l’Amhara.
Alliance
Dimanche, le TPLF a annoncé qu’il avait rejoint une nouvelle alliance regroupant des groupes armés antigouvernementaux venus de différentes régions d’Éthiopie, un pays confronté à plusieurs insurrections, notamment dans ses régions les plus peuplées, l’Oromia et l’Amhara.
Le TPLF a dirigé l’ensemble de l’Éthiopie de 1991 à 2018, avant d’être progressivement écarté du pouvoir avec l’arrivée au pouvoir du Premier ministre Abiy Ahmed, ce qui a finalement contribué au déclenchement de la guerre civile.
L’accord de paix de Pretoria a mis fin à la guerre et instauré un calme précaire, jusqu’à la reprise des affrontements à la fin de 2025. Depuis, le gouvernement fédéral a mené des frappes de drones au Tigré et massé des troupes à la frontière de la région.
Des organisations de défense des droits humains ont accusé le TPLF de mener cette année une campagne de recrutement forcé alors qu’il se prépare à une reprise du conflit.
La région ne s’est toujours pas remise de la dernière guerre : environ un million de personnes sont encore déplacées et de nombreux éléments de l’accord de paix n’ont pas été mis en œuvre.
Les autorités éthiopiennes ont accusé le TPLF de s’allier avec l’Érythrée voisine ainsi qu’avec des groupes armés éthiopiens.
Le gouvernement fédéral dispose d’un avantage militaire important, ayant considérablement augmenté sa production de drones militaires depuis le dernier conflit.